Genèse Divine

Chapitre 9 : Chaleur et Ombres

28/12/2025 5 lectures

Une créature gigantesque, semblable à un dragon, mais avec des écailles d’un rouge incandescent et des yeux de lave en fusion, surgit devant moi, son long cou serpentin s’élança à une vitesse vertigineuse.

La tête de la bête et la longueur du cou me faisait penser à un Plésiosaure, cette espèce de dinosaure aquatique, grand prédateur de la période du Mésozoïque. Son souffle était si brûlant que même moi, un dragon, je sentis la morsure de sa chaleur. Ses mouvements étaient rapides mais manquaient de puissances, il restait dans la source de lave et je ne pouvais pas voir son corps caché sous la surface.

Mes griffes s’enfoncèrent dans la roche. Je n’étais pas prêt pour un combat. Mon corps était encore affaibli par ma dernière bataille, et cette créature semblait bien plus dangereuse. Pourtant, fuir n’était pas une option. Si je ne récupérais pas cette lave comme ressource, je perdrais un atout crucial pour ma survie.


Le Plésiosaure de Feu rugit, une vague de chaleur s’échappant de sa gueule. Je me propulsai sur le côté juste à temps pour éviter un jet de magma. Le combat était inévitable. Mes ailes se déployèrent, et je me préparai à répliquer.

Cette fois, je n’allais pas commettre l’erreur de sous-estimer mon adversaire. Je savais que ma télékinésie était ma meilleure arme. Cette bête vivait littéralement dans un lac de lave. Même si mon feu avait réussi à faire fuir mon rival, je doutais de sa puissance actuelle pour faire des dégâts, de plus j’avais remarqué que mon nombre d’essences vitale avaient diminué de 1 après le combat. En utilisant ma concentration, je fis tomber une série de rochers depuis les hauteurs de la caverne. Les blocs de pierre s’écrasèrent contre le propriétaire des lieux, le forçant à reculer avec un rugissement de frustration.


Mais ce coup ne l’empêcha pas de tenter une nouvelle attaque magmatique. Avant que je ne puisse réagir, il lança sa tête en arrière avant de lâcher un flux constant de lave dans ma direction, mes griffes effleurèrent la roche avant qu’un bond me propulsent suffisamment haut pour déployer mes ailes et que je profite des courants d’airs chaud pour me maintenir en vol stationnaire.


Je concentrai toute ma puissance mentale sur un gros stalactite se trouvant au sommet de la grotte.  L’ennemi profita de ma négligence pour plonger dans le lac, je le perdis de vue et j’arrêta ma télékinésie pour ne pas perdre le travail que j’avais fait, dès qu’il réapparaitrait à la surface je ferais en sorte de l’attirer juste en dessous de mon piège. Je redescendis pour m’approcher de la surface de la lave, allant jusqu’à plonger ma queue dedans. Je sentis immédiatement une douce chaleur m’envahir, la sensation était grisante et je perdis un instant tout sens du danger m’entourant. La bête profita de cet instant pour bondir hors du lac et utiliser son poids pour m’entrainer dans le lac. Je m’embourbai dans le magma et la sensation de plaisir qui m’assaillis lui laissa le temps de m’attraper l’une de mes pattes et arracher un morceau de chair. Je poussai un long cri de douleur en même temps que j’utilisais mes dernières forces pour la repousser et sortir du lac en pataugeant. De retour sur la berge, je réussi à me redresser et à lancer un cri de défi à mon adversaire. La bête me voyant peiner à rester debout profita de ma faiblesse pour foncer dans ma direction. Dès qu’elle approcha de la stalactite, j’utilisai mes dernières forces psychiques pour envoyer un gros coup de poing mental dans les derniers centimètres de pierre le retenant. Ce dernier tomba pile sur le corps de mon adversaire, le transperçant de part en part avec la force de la gravité. Elle s’effondra dans la lave, disparaissant lentement sous la surface. Mon corps tremblait, couvert de blessures, mais un sentiment de triomphe m’envahit.


Une notification apparut devant mes yeux :

"Victoire : Vous avez vaincu un Plésiosaure de Feu. Essence vitale acquise : +20. Ressource débloquée : Lac de lave régénérante."


Je m’effondrai sur la berge, respirant difficilement. Ce combat avait renforcé une vérité : chaque ressource, chaque pas dans ce monde venait avec son lot de dangers. Mais cette victoire m’avait aussi donné un avantage crucial. Ce lac de lave était désormais à moi. J’utilisa mes dernières forces pour me glisser dans le lac, espérant que ce dernier me permettra de me soigner de ces deux luttes pour la survie que je venais de vivre en l’espace de quelques heures.

Alors que mon corps se relâchait dans la douce étreinte du lac, mon esprit fut aspiré hors de mon incarnation.


La lumière crue du plafonnier de ma chambre me ramena brusquement à la réalité. Mon casque VR était toujours fixé sur ma tête, mais un message clignotant dans mon champ de vision indiquait : "Session terminée. Temps d’immersion maximal atteint." Je retirai l’appareil, clignant des yeux pour m’adapter à la lumière ambiante. Mon corps semblait lourd, engourdi par les heures passées immobile, mais mon esprit était encore piégé dans l’intensité du combat que je venais de vivre.


Je me levai avec difficulté, mes muscles protestant à chaque mouvement. Ma cuisse me faisait mal, comme si la morsure du Plésiosaure de Feu avait laissé une marque dans le monde réel. Évidemment, il n’y avait rien, mais la douleur fantôme était suffisante pour me rappeler à quel point l’immersion dans ce jeu était profonde. Quelques minutes suffirent à ce que ces sensations disparaissent. Plus je passais de temps dans ce monde plus j’étais happé par ce dernier. Je remerciai intérieurement les développeurs d’avoir limité l’accès au jeu, sinon j’aurais pu réellement passer tout mon temps à l’intérieur. Je vivais une vie complètement différente dans ce monde, une vie simple mais remplit de défi satisfaisant. 

Je traversai la pièce pour me diriger vers ma fenêtre, ouvrant les rideaux pour laisser entrer la lumière du matin. La ville s’éveillait lentement, et je pouvais entendre le bruit des voitures et des conversations étouffées depuis la rue en contrebas. Pourtant, tout cela me semblait distant, irréel, comme un monde bien trop calme par rapport à celui que je venais de quitter.

Mon téléphone vibra sur mon bureau, me tirant de mes pensées. C’était un message de Braham.

"On se retrouve au parc ? Je veux discuter de nos plans pour le jeu. J’ai une idée pour combiner nos forces."


Je souris légèrement, appréciant la camaraderie de mes amis dans cette aventure virtuelle. Je répondis rapidement avant de jeter un coup d’œil à mon emploi du temps. Les cours de l’après-midi me laissaient quelques heures de liberté. Je m’habillai rapidement et attrapai un café en chemin, mes pensées toujours focalisées sur mon nid et mon œuf.

En arrivant au parc, je vis Braham et Sophian assis sur un banc, discutant avec animation. Sophian, comme toujours, jouait distraitement avec un stylo, tandis que Braham, les bras croisés, semblait expliquer un plan complexe.


-     Hé, voilà notre dragon préféré, lança Sophian avec un sourire moqueur en me voyant approcher.

-     Tu as l’air d’avoir passé une sale nuit, ajouta Braham, son regard se posant sur mon visage fatigué.

Je m’assis à côté d’eux, lâchant un soupir.

-     Vous n’avez aucune idée. J’ai dû affronter deux créatures en l’espace de quelques heures. Le drakon noir qui semble être mon double maléfique qui est sorti du lac sombre de la dernière fois et un Plésiosaure de Feu, qui gardait une source de lave que je voulais récupérer. Je m’en suis sorti de justesse.

Leurs regards s’illuminèrent, fascinés par mon récit. Braham hocha la tête avec un mélange de respect et d’inquiétude.


-     Je te l’avais dit, ce jeu ne fait aucun cadeau. Mais une source de lave ? Ça, c’est un atout incroyable, surtout pour ta race. Tu vas pouvoir te régénérer et peut-être renforcer ton feu.


Sophian, toujours pragmatique, intervint.


-     Mais à quel prix ? Ces batailles te coûtent des essences vitales, non ? Ça ralentit ta progression. Même si tu récupère des essences contre ce genre de bêtes, est-ce que le ratio est intéressant ? Lorsque j’utilise mon brouillard de miasme je vois mes essences diminuer à chaque minute d’activation de la compétence.

Je hochai la tête, reconnaissant la justesse de son observation.

-     C’est vrai, mais sans ces ressources, je n’aurais pas survécu à une nouvelle attaque. Et avec l’éclosion de mon œuf qui approche, je dois être prêt à tout. Et on ne prend jamais de risque, nous n’arriverons pas à évoluer et nous nous ferons dévorer par d’autres.


Notre conversation fut interrompue par l’arrivée inattendue de Lucan et Lila. Lucan, toujours imposant et bruyant, s’approcha avec son sourire suffisant.


-     Alors, les faibles, toujours en train de parler de stratégie pendant que moi, je conquiers des territoires ?"

Lila, plus posée mais tout aussi compétitive, ajouta en fixant Braham :


-     Et toi, avec tes Pyraks ? Tu as enfin compris qu’un esprit du vent est bien plus efficace qu’un tas de roches en fusion ?"


Braham maugréa, mais Sophian intervint avant que la tension ne monte.


-     Chacun a ses forces. Mais dis-moi, Lucan, combien d’orcs as-tu perdus récemment ? Tu parles de conquête, mais ton armée semble plus faite pour mourir que pour durer. J’ai croisé un autre joueur sur mon territoire qui m’a dit t’avoir combattu et avoir tué de nombreux orcs avant de se replier sur un nouveau territoire.

Lucan haussa les épaules avec un sourire narquois.

-     C’est le cycle naturel des orcs. Je peux en produire des dizaines sans problème. Vous vous êtes coincés avec vos précieuses créatures uniques. Bonne chance pour résister quand ma horde viendra frapper à vos portes.


Cette remarque fit naître une inquiétude sourde en moi. Lucan représentait une menace bien réelle. Ses orcs n’avaient peut-être pas la sophistication de nos races, mais leur nombre et leur agressivité pouvaient submerger n’importe quel adversaire. Lila, quant à elle, ne manqua pas de rappeler à Braham que ses Sylphs avaient une mobilité et une capacité de reconnaissance bien supérieures aux Pyraks et qu’en utilisant leur vent, ils pourraient faire refroidir les sources de lave pour affamer son rival.


-     C’est une question de stratégie. Et si vous pensez que vos fortifications ou votre feu peuvent m’arrêter, détrompez-vous. Le vent ne s’arrête pas devant un mur.


Ils continuèrent leur chemin et s’arrêtèrent devant d’autres groupes toujours avec le même sourire suffisant. Après le départ de Lucan et Lila, nous restâmes un moment silencieux. La compétition dans ce jeu devenait de plus en plus intense, et il était clair que chacun poursuivait ses propres objectifs, souvent au détriment des autres. Pourtant, cette rencontre renforça notre détermination.


-     Ils sont arrogants, mais ils ont raison sur un point, dis-je finalement. Nous devons penser plus grand. Si nous restons isolés, nous serons vulnérables. Mais si nous trouvons un moyen d’unir nos forces, même temporairement, nous pourrions créer quelque chose de plus puissant qu’aucun de nous ne peut accomplir seul.


Sophian hocha la tête, son regard sérieux.


-     Il faut qu’on établisse un réseau. Pas seulement entre nous, mais avec d’autres joueurs qui partagent une vision commune. Ce jeu, ce n’est pas juste une question de survie. C’est une opportunité de construire quelque chose de durable. Je pense savoir par où commencer pour rallier quelques membres. Il regarda dans la direction qu’avait pris le duo insupportable.

Braham, bien que réticent à l’idée d’inclure d’autres joueurs, finit par admettre l’importance de cette stratégie.


-     Mais on doit rester prudents. Les alliances, c’est bien, mais elles peuvent aussi devenir des faiblesses si on s’entoure des mauvaises personnes.


Alors que le soleil déclinait, projetant des ombres longues sur le parc, je sentis une nouvelle résolution naître en moi. Mon combat dans le jeu n’était pas seulement une quête de puissance. Je voulais devenir un dieu d’une race puissante mais également sage. Mais cet héritage ne pouvait pas exister en vase clos. Il devait s’inscrire dans un monde plus vaste, un monde où les alliances et les rivalités étaient inévitables.


Avant de partir, nous échangeâmes un dernier regard. Chacun d’entre nous portait un fardeau, une responsabilité envers sa race et son avenir. Mais pour l’instant, nous avions une chose en commun : la volonté de survivre et de prospérer dans un jeu qui ne faisait aucun cadeau.


Alors que je rentrai chez moi, une pensée persistante me hantait. Le Drakon noir, le Plésiosaurus de Feu, et les menaces toujours croissantes des autres joueurs. Mon nid était-il vraiment en sécurité ? Mon œuf écloserait-il dans un monde où il aurait une chance de survivre ?


Je n’avais pas encore toutes les réponses, mais une chose était certaine : je ferais tout ce qui était en mon pouvoir pour protéger ma lignée.


Après m’être reposé un moment, je me reconnecta au jeu et je remplis une cavité naturelle de roche avec de la lave que je solidifiai pour la transporter. Ce serait une réserve pour ma caverne, un moyen de me soigner sans quitter mon nid. Puis, je pris le chemin du retour.


Quand j’arrivai enfin à ma caverne, l’œuf était toujours intact, mais la lumière dorée qu’il émettait semblait légèrement plus vive. Était-ce un signe que son éclosion approchait ? Je déposai ma réserve de lave près du nid d’une cavité que je creusai avec mon esprit et m’installai à ses côtés.

Une notification apparut :

"Progression de l’œuf : 80%. Temps restant avant éclosion estimé : 2 jours. Préparez un environnement optimal."


Deux jours. C’était tout ce que j’avais pour me préparer. Je savais que les prochains défis seraient encore plus difficiles. Mais à cet instant, alors que je veillais sur mon œuf, je me permis un moment de fierté. Malgré tout, j’étais toujours là, et mon héritier allait bientôt rejoindre ce monde.