Genèse Divine

Chapitre 10 : Préparation et Incertitudes

28/12/2025 6 lectures

La lumière ambrée de l’œuf, plus éclatante que jamais, illuminait ma caverne, projetant des ombres dansantes sur les murs de pierre. Deux jours. Le compte à rebours s’était enclenché, et avec lui une pression écrasante. Mon héritier, ma première création, était sur le point de voir le jour, mais mon environnement et mes ressources n’étaient pas prêts pour ce moment crucial.

Je me levai, mes muscles encore douloureux des récents combats, et observai ma caverne avec un œil critique. Les fortifications, bien qu’efficaces, transformaient mon refuge en une prison. Des murs truffés de pièges, des stalactites prêtes à tomber au moindre mouvement suspect, des passages étroits conçus pour entraver les ennemis… Tout cela était parfait pour repousser une attaque, mais totalement inadapté pour accueillir un nouveau-né. Mon œuf était un bastion de potentiel, mais je savais que sa fragilité initiale pourrait être un problème. Un jeune dragon maladroit pourrait facilement déclencher l’un de mes mécanismes défensifs et se blesser gravement. De plus, la source de lave que j’avais ramenée, bien que précieuse pour ma régénération, représentait un danger. Si mon héritier n’avait pas immédiatement les mêmes résistances que moi, cette chaleur intense pourrait le blesser, voire pire. Je ne souhaitais pas me retrouver avec du dragonnet rôtis à mon retour de chasse.

Je me rapprochai du nid, me baissant pour examiner l’œuf. Ses pulsations régulières me rassuraient, mais elles me rappelaient aussi que je devais agir vite. Mon esprit tournait à toute vitesse pour élaborer un plan.

Mon regard se posa sur mes réserves de nourriture. Une poignée de cadavres de lézards gisait encore dans un coin sombre de la caverne, mais ce stock ne suffirait pas pour l’éclosion et les premiers jours de vie de mon dragonnet. J’avais appris que l’éclosion consommait une quantité importante d’énergie, tant pour le parent que pour le descendant. Si je n’avais pas suffisamment de nourriture pour moi et mon héritier, ma progression et sa survie seraient compromises.

Je devais chasser, mais quitter la caverne maintenant représentait un risque énorme. Chaque moment passé loin du nid me rendait vulnérable aux prédateurs, sans parler du retour possible du Drakon noir. Pourtant, rester sans rien faire n’était pas une option. Je pris une décision difficile : je devais partir, mais je limiterais mon exploration aux galeries environnantes pour ne pas m’éloigner trop longtemps.

Avant de partir, je m’attelai à la tâche d’adoucir les défenses de ma caverne. Les pièges les plus évidents furent désactivés, et j’agrandis certains passages pour permettre des déplacements plus fluides. Je consolidai également les zones proches du nid, créant un espace dégagé et relativement sécurisé où mon héritier pourrait évoluer sans danger immédiat. Chaque mouvement de pierre demandait un effort immense, ma télékinésie encore rudimentaire me poussant dans mes derniers retranchements. Mais je n’avais pas le choix. La survie de ma lignée en dépendait.


Je pris également soin d’isoler la source de lave en construisant une barrière de pierre autour d’elle, ne laissant qu’un petit passage pour accéder à sa chaleur. Cela suffirait à limiter les risques tout en garantissant que la chaleur bénéfique atteigne le nid.

Lorsque j’eus terminé, ma caverne semblait légèrement plus accueillante, bien que toujours austère. L’environnement était loin d’être parfait, mais c’était un compromis acceptable. La caverne était conçue comme un oignon, le cœur était relativement sur et ne nécessité pas d’être systématiquement sur ses gardes pour ne pas déclencher de piège. Différents pièges et moyens de retenir les adversaire potentiels étaient construit en couche successive. La couche extérieure était même complétement inaccessible même pour moi, je devais utiliser ma télékinésie pour déplacer une immense pierre ronde pour ouvrir l’accès de la grande porte. J’avais clôturé la petite porte que j’avais utilisé lors de ma propre apparition dans cet environnement, cela évitera que le futur petit être ne parte en vadrouille dans une zone qui m’était devenu désormais inaccessible.

Je quittai la caverne avec précaution, mes sens en alerte. Les galeries autour de mon refuge étaient familières, mais je savais que chaque sortie comportait son lot de dangers. Mon objectif était clair : trouver de quoi remplir mes réserves sans attirer l’attention d’un prédateur plus grand.


Mes pas résonnaient doucement sur la pierre, et je sentais la tension dans l’air. Après plusieurs minutes d’exploration, je tombai sur un groupe de lézards bleu plus gros que ceux que j’avais chassés auparavant. Leur odeur me mit l’eau à la bouche, et je savais que leur chair nourrirait efficacement mon corps et celui de mon futur descendant.


Je me tapis dans l’ombre, observant leur comportement. Ils semblaient nerveux, comme s’ils sentaient ma présence. D’un bond rapide, je fondis sur le premier, mes griffes s’enfonçant dans sa chair. Les autres se dispersèrent dans un chaos total, mais je parvins à en attraper deux autres avants qu’ils ne disparaissent dans les recoins sombres des galeries ou dans les aspérités présentes dans les murs de ce dédale sombre. Triomphant, je ramenai ma prise à la caverne, mon souffle court mais satisfait. Ces proies ajouteraient une quantité non négligeable de ressources à mes réserves, mais je savais que ce ne serait probablement pas suffisant pour garantir une sécurité totale. Il faudrait peut-être une seconde sortie avant l’éclosion.

De retour dans ma caverne, je déposai les lézards près de ma réserve et retournai auprès de l’œuf. Sa lumière dorée était presque hypnotique, et je sentais un lien grandir entre nous à chaque pulsation. J’étais nerveux. Malgré tous mes efforts, une partie de moi doutait de ma capacité à être à la hauteur de cette responsabilité.


Je passai les heures suivantes à réorganiser mes défenses, me concentrant sur les points d’entrée les plus vulnérables. Si une menace se présentait pendant l’éclosion, je devais pouvoir l’affronter sans mettre en danger mon héritier. Enfin, épuisé mais satisfait de mon travail, je m’enroulai autour du nid, mon corps offrant une protection supplémentaire à l’œuf. La nuit s’écoula dans un calme relatif. Allongé près de l’œuf, mes pensées dérivèrent vers l’avenir. Comment serait mon dragonnet ? Aurait-il mes forces et mes faiblesses, ou serait-il une entité entièrement nouvelle, avec ses propres capacités et ses propres défis ? Comment allais-je le guider dans un monde aussi cruel et compétitif ? Ces questions restèrent sans réponse, mais elles nourrissaient ma détermination. Peu importait ce qui m’attendait, je devais être prêt à tout pour protéger et élever cet être que j’avais créé.


Un faible grondement dans les galeries me rappela que ce monde ne m’offrirait aucun répit. Je tendis l’oreille, mais le bruit s’estompa rapidement. Peut-être n’était-ce qu’un lézard effrayé, ou peut-être autre chose. Je n’avais pas l’énergie de m’inquiéter davantage. Pour l’instant, je devais me concentrer sur ce qui était devant moi.


L’aube virtuelle approchait, marquée par une légère intensification de la lumière dans la caverne. Une nouvelle notification apparut devant mes yeux :


"Progression de l’œuf : 90%. Temps restant avant éclosion estimé : 1 jour. Maintenez un environnement stable."


Un mélange d’excitation et d’appréhension m’envahit. Le moment tant attendu était presque là. Tout ce que je pouvais faire maintenant, c’était attendre et veiller. L’avenir de ma lignée allait bientôt prendre forme, et je savais que ce serait le début d’un nouveau chapitre, rempli de défis et de promesses. Je me déconnectai du jeu et profita du temps que j’avais avant le début de mes cours pour effectuer des exercices physiques.


La lumière du matin filtrait doucement à travers les rideaux de ma chambre alors que je terminai ma série d’exercices physiques. Après avoir passé tant d’heures immergé dans un monde virtuel, je sentais le besoin de reconnecter avec mon corps réel. Chaque mouvement, chaque étirement, était un rappel de ma réalité, loin des flammes, des fortifications, et de l’éclat hypnotique de l’œuf. Mon souffle devint plus régulier, et la tension accumulée lors de ma session VR s’évacua peu à peu.


Alors que je m’essuyais le front avec une serviette, une odeur familière de café fraîchement préparé s’infiltra sous la porte de ma chambre. Ma mère, fidèle à son habitude, était déjà dans la cuisine, occupée à préparer son petit-déjeuner. Je descendis les escaliers, le plancher grinçant légèrement sous mes pas, et la trouvai en train de lire un magazine tout en sirotant son café.


-     Déjà debout, mon grand ? fit-elle en levant les yeux vers moi. Tu descend rarement avant huit heure trente.

Je m’assis en face d’elle, attrapant un bol et des céréales sur la table. Le bruit du lait versé rompit le silence confortable qui régnait dans la cuisine. Mon père m’avait habitué à manger des céréales complètes, bonne pour la santé et permettant à mon cerveau de bien fonctionner durant la journée… selon lui en tout cas. La plupart de mes amis se contentaient d’un tube de repas, développé pour permettre un repas en un seul contenant.


-     J’ai eu une session intense cette nuit, dis-je en haussant les épaules. J’avais besoin de bouger un peu ce matin pour me remettre d’aplomb.

Elle fronça légèrement les sourcils, son expression mi-curieuse, mi-amusée.


-     Ton fameux jeu ? Celui qui te passionne tant ? J’espère que tu n’oublies pas qu’il y a une vraie vie dehors aussi.

Je souris, mordant dans une cuillerée de céréales.


-     Ne t’inquiète pas, je garde les pieds sur terre. Mais ce jeu… il est spécial. Ce n’est pas juste une distraction. C’est comme un monde parallèle où chaque choix compte vraiment. Cela n’a rien à voir avec ceux que j’ai précédemment essayés.


Elle sembla réfléchir à mes paroles, un mélange d’inquiétude et de compréhension dans les yeux.


-     Tant que tu trouves un équilibre, ça me va. Mais fais attention à ne pas te perdre dans un monde qui n’existe pas réellement, surtout si ce dernier te met en difficultés pour tes études, d’accord ?

Je hochai la tête, appréciant sa sollicitude. Malgré ses remarques, je savais qu’elle respectait mes passions, même si elle ne les comprenait pas toujours. Sophian m’avait fais remarqué que mes parents étaient un peu vieux jeu en ce qui concerne les nouvelles technologies et l’avancée du monde, il avait parfois l’impression de se retrouver dans un de ces vieux films historique lorsqu’il venait chez moi.


Après avoir terminé mon petit-déjeuner, je montai me préparer pour la journée. Je jetai un dernier coup d’œil à mon bureau, où mon casque VR reposait, comme une porte ouverte vers une autre réalité. Mais aujourd’hui, il fallait retourner à celle-ci. Une fois habillé, je redescendis pour prendre les poubelles et les sortir, une tâche banale mais nécessaire. Le vent frais du matin me fit frissonner légèrement alors que je me dirigeais vers le conteneur au bout de l’allée. Je pris un instant pour regarder autour de moi, observant les voisins commencer leur journée, certains promenant leur chien, d’autres partant déjà au travail. Un coup de vent balaya les feuilles automnales sur le trottoir et je frissonnai devant le refroidissement de la température.


De retour à l’intérieur, j’attrapai mon sac à dos, une veste et fis un rapide signe à ma mère avant de quitter la maison.


-     Bonne journée ! lança-t-elle depuis la cuisine.


-     À toi aussi, répondis-je en refermant la porte derrière moi.


Je pris le chemin de l’arrêt de bus, le pavé froid résonnant sous mes pas. Le ciel était dégagé, mais une brise fraîche me rappelait que l’automne était bien installé. Lorsque le bus arriva, je montai rapidement, cherchant un siège libre. La plupart des passagers avaient le regard rivé sur leur téléphone ou somnolaient, encore engourdis par la matinée.


C’est alors que je la vis. Une jeune femme, assise près de la fenêtre, absorbée dans un carnet qu’elle griffonnait. Ses cheveux, d’un brun profond, encadraient un visage concentré. Elle portait une veste en jean légèrement usée, mais ce qui attira mon attention fut le pin attaché à son sac posé à ses pieds. Un dragon stylisé, en métal noir brillant, semblait scintiller à chaque mouvement du bus.


Je ne pus m’empêcher de sourire intérieurement. Le symbole, bien qu’innocent pour la plupart, semblait presque être un clin d’œil à mon propre avatar draconique dans le jeu. Était-ce une coïncidence, ou partageait-elle une fascination similaire pour ces créatures mythiques ? Je me surpris à me demander si elle était aussi une joueuse, plongée dans un univers fantastique à sa manière.


Alors que le bus avançait, je la regardais discrètement, intrigué. Elle continuait de dessiner, concentrée, ses traits précis formant ce qui semblait être une esquisse d’un paysage montagneux. Un détail subtil de sa tenue attira également mon attention : une écharpe rouge vif, enroulée autour de son cou. Elle tranchait vivement avec le reste de sa tenue sobre, comme une flamme vive au milieu de la banalité du quotidien.

Le bus ralentit soudainement, provoquant un léger sursaut parmi les passagers. Son carnet glissa de ses genoux et tomba au sol. Instinctivement, je me levai pour le ramasser avant qu’elle ne le fasse. En me tendant la main pour le récupérer, elle me lança un sourire timide.


-     Merci, murmura-t-elle, ses yeux rencontrant brièvement les miens.


-     Pas de problème, répondis-je, un peu déstabilisé par son regard.


Je lui tendis son carnet, remarquant les détails de ses dessins. Les montagnes étaient entrecoupées de nuages et de ce qui semblait être une silhouette ailée, peut-être un dragon. Mais je n’eus pas le temps de poser de question, car elle rangea rapidement son carnet dans son sac, presque gênée. Le bus arriva bientôt à ma destination. Alors que je me levais pour descendre, je jetai un dernier regard dans sa direction. Elle était retournée à ses pensées, son regard perdu à travers la fenêtre. Je ne connaissais pas son nom, mais son visage, son écharpe rouge, et ce pin en forme de dragon restèrent gravés dans mon esprit.


En arrivant à l’université, je retrouvai le flot habituel d’étudiants se précipitant vers leurs cours ou discutant par groupes épars. L’énergie familière du campus me rappela que, malgré mes aventures dans un monde virtuel, j’étais toujours ancré dans celui-ci. Cependant, l’étrange rencontre dans le bus continuait de m’intriguer. Était-ce simplement une coïncidence, ou le jeu avait-il éveillé en moi une obsession pour tout ce qui pouvait y être relié ?

Je chassai ces pensées en rejoignant Braham et Sophian près du bâtiment principal. Ils discutaient déjà, probablement des plans pour le jeu. Mais alors que je m’approchais, je ne pouvais m’empêcher de repenser à cette jeune femme. Peut-être que, d’une manière ou d’une autre, nos chemins se croiseraient à nouveau.