Genèse Divine

Chapitre 4 : L'Évolution de l'Espèce

26/12/2025 6 lectures

Le réveil était brutal, presque douloureux. Mon esprit revenait progressivement à la réalité, engourdi par la transition entre le monde des rêves et celui de ma chambre. J’étais pourtant bien éveillé maintenant, et l’excitation mêlée de curiosité reprit rapidement le dessus. La dernière chose dont je me rappelais avant d'être déconnecté était l’apparition de cette vision : la silhouette de mon dragon, vibrant d’une énergie nouvelle, comme une chrysalide au seuil d’un éclatement.

Les premières lueurs de l’aube filtraient à travers les volets, m'incitant à me lever. Cependant, l’évolution m’avait forcé à quitter le jeu avant la fin du temps disponible. J’étais assez frustré de ne pas avoir pu voir à quoi ressemblait mon nouvel avatar. Ce n’était pas seulement l’immersion dans le jeu, mais cette impression de vivre quelque chose de grandiose, un destin bien plus vaste que mon existence ordinaire. Une évolution m’attendait, une étape qui n’était pas uniquement un gain de puissance, mais peut-être le début de quelque chose de plus grand pour mon espèce.


La journée passa dans un état de fébrilité nerveuse. Impossible de me concentrer en classe ; mon esprit, malgré mes efforts, s’égarait sans cesse vers les profondeurs de la caverne où j’avais laissé mon avatar. Je peinais à expliquer aux autres, même à Sophian et Braham, ce qui m'habitait depuis cette nuit-là. Ils semblaient pourtant comprendre mon obsession naissante, car eux aussi étaient pris par la soif de découvrir les mystères de leur propre espèce. C’était comme si ce jeu nous transmettait un instinct primaire, brut, celui de la survie, du pouvoir, et surtout, de la domination. Ils étaient tous les deux encore loin d’atteindre les exigences pour l’évolution de leur propre espèce. J’avais commencé dans un lieu sombre mais peuplé de nombreuses proies. Mon système d’acquisition d’essence était la consommation de mes proies, mais eux n’avaient pas le même système, Sophian devait agir pour que son avatar prenne le contrôle des êtres vivants avec ses miasmes, lorsqu'il réussissait, il recouvrait complètement son adversaire de ses propres spores et à ce que des champignons se développent jusqu’à la mort de l'hôte, il gagnait une essence. Braham quant à lui devait utiliser une méthode encore plus étrange consistant à consommer toujours plus de magma, de lave ou de minéraux qu’il découvrait dans son biome. Ils me firent jurer de leur raconter ce qui suivrait mon évolution dès le lendemain. Certains membres de notre groupe commençaient à s’intéresser au jeu en écoutant nos discussions et prévoyaient d’acheter un exemplaire dès l’arrivée du week-end. Bien que notre époque permît l’acquisition en l’espace de quelques secondes, l’éditeur du jeu avait décidé de le commercialiser uniquement dans des points de vente physiques, un seul par ville et un nombre d’exemplaires limité par jour. Je leur conseillais d’être au point de vente avant l’ouverture pour essayer d’avoir leur propre exemplaire. 


Lorsque les dernières heures de cours sonnèrent, je m’engouffrai dans le premier bus en direction de chez moi. Le trajet me parut interminable. J’avais déjà la sensation du casque VR sur ma tête, comme si mon esprit réclamait impatiemment ce retour dans un corps qui n’était plus le mien.

À peine rentré dans ma chambre, je fis mes leçons et les projets à rendre dans les prochains jours pour tromper mon impatience avant l’heure d’ouverture des serveurs. Après avoir terminé mon repas et avoir répondu aux questions de mes parents sur ma scolarité, j’enfilai le casque, et en un clin d'œil, je me retrouvai dans la caverne. Tout était plus vif, plus vibrant, comme si je percevais le monde avec une intensité accrue. Ma vision nocturne était devenue plus nette, distinguant les nuances de lumière qui dansaient sur les parois de pierre. Mes sens semblaient décuplés : je percevais le moindre frémissement dans l’air, le souffle léger du vent qui s’engouffrait dans les galeries voisines, et surtout… une nouvelle chaleur en moi, comme un feu intérieur qui attendait d’être libéré. J’avais changé.

Je jetai un coup d'œil à mon statut, et une vague de fierté monta en moi en lisant les changements apparus dans mes statistiques. Chaque valeur avait grimpé, signe de la nouvelle puissance qui imprégnait mon corps. Cependant, au-delà des chiffres, c’était un sentiment plus profond qui m’habitait, une forme de conscience élargie.


Nom : Athenael

Espèce : Dragon primordial

Croissance : Dragon adolescent

Essence vitale absorbée : 0/100

Satiété : Famine

Statistiques :

-       Force : 18

-       Vitalité : 16

-       Agilité : 15

-       Sagesse : 18

-       Intelligence : 16


Cette évolution m’avait apporté plus qu’une simple force brute ; je ressentais une connexion nouvelle avec le monde environnant, comme si j'étais une partie intégrante de cet écosystème.

Alors que je reprenais mes repères dans mon corps nouvellement évolué, la sensation d’une puissance inédite m’envahit, se diffusant dans chaque fibre de mes muscles. Ma peau écailleuse semblait plus dense, mes griffes, plus longues et acérées, et mes sens… Ils captaient désormais des détails presque imperceptibles. Le moindre souffle d’air, la plus subtile des vibrations dans le sol, tout résonnait en moi comme un écho vivant. Chaque mouvement autour de moi, chaque ombre dans cette vaste grotte paraissait amplifiée. J’étais devenu une créature de prédation pure, un dragon adolescent, prêt à tester les limites de cette nouvelle puissance. Mon corps avait grandi de trois fois ma taille précédente. Mon incarnation ne semblait pas suivre la croissance classique d’un être vivant avec une des poussées de croissance régulières. Si je ne faisais pas attention, je pourrais me retrouver coincé dans ma caverne lors de l’une de mes prochaines phases. Je sentis une sensation particulière dans mon dos, je tournai mon cou serpentin en direction de mon dos pour constater que des ailes avaient poussé à l’emplacement de mes proéminences précédentes. Je les secouai délicatement mais bien que la caverne soit suffisamment grande pour que j’essaye un décollage stationnaire, je me sentais trop affamé pour avoir la force nécessaire de soulever mon corps.


Je fis quelques pas dans la caverne, testant mes appuis. Mes mouvements étaient plus souples, et ma vitesse paraissait décuplée. J’eus l’impression de glisser sur le sol, chaque patte se posant avec une légèreté et une précision nouvelle. Ma taille avait visiblement augmenté, car le plafond de ma grotte natale, qui me semblait autrefois immense, paraissait maintenant plus étroit. Un sourire se forma dans mon esprit. J’étais un prédateur, et chaque recoin de cet endroit allait devenir mon terrain de chasse.

En scrutant les alentours, mon regard tomba sur une petite créature, un rongeur, semblable à ceux que je chassais auparavant. Elle ne paraissait même plus consciente de ma présence, comme si une distance insurmontable séparait désormais nos existences. Dans un élan instinctif, je laissai mon énergie émaner de moi, m’enveloppant d’une aura imposante et écrasante. La créature se figea immédiatement, ses yeux écarquillés de terreur. Ce simple regard la paralysa, une sensation nouvelle et grisante pour moi. Je n’avais pas besoin de bouger, de bondir. D’une simple pensée, je pouvais soumettre ces faibles proies.

Mais, lorsque je la croquai afin d’absorber son essence, une surprise me frappa : aucune énergie vitale ne sembla se transférer. Aucun frisson de puissance, aucun signe de croissance. Mon évolution m’avait dorénavant placé au-dessus de ces créatures ; elles ne pouvaient plus nourrir mon ascension. Elles étaient à présent insignifiantes pour ma progression. Un soupir de dépit m’échappa, je ne pouvais même pas profiter de mon nouveau statut pour faire du grind facile sur les faibles créatures de mon environnement, le jeu m'incitait à me confronter à des créatures de ma ligue. J’étais prêt pour de nouveaux défis, et ces créatures n’étaient plus que des pions dans mon territoire.


Avec une faim insatiable, je quittai ma grotte, me dirigeant vers les tunnels plus profonds. L’atmosphère y devenait étouffante, presque hostile, comme si chaque recoin renfermait un piège. Je repensai brièvement à la caverne du lac sombre. L’idée de retourner affronter les mystères de ce lieu me traversa l’esprit, mais l’image de mon double maléfique, surgissant de cette masse noire, m’en dissuada pour l’instant. Non, ma priorité était de m’établir un territoire de chasse vaste et sécurisé, loin de cette obscurité trompeuse.

Je me lançai donc dans l’exploration des galeries voisines, chaque pas m’enfonçant un peu plus dans des zones inexplorées. Mon corps étant plus grand qu’auparavant et mes capacités physiques renforcées, je pouvais me déplacer sur de plus grandes distances rapidement. Les échos de mes mouvements se répercutaient sur les parois, et je m’arrêtais parfois, flairant l’air, marquant mon passage avec une griffe. La griffe de ma patte droite était toujours manquante mais l’évolution de mon corps avait permis une cicatrisation complète et la suppression de la gêne occasionnée. Mes sens m’alertèrent bientôt de la présence d’une créature plus imposante. L’odeur âcre de sa peau humide, la chaleur de son corps proche m’indiquaient qu’il s’agissait d’un prédateur, un adversaire digne de mon évolution.

D’un pas furtif, je m’approchai du recoin où elle se tapissait, écoutant son souffle lourd. C’était une bête écailleuse, plus grande que celles que j’avais rencontrées jusque-là, avec une mâchoire puissante et des griffes capables de me causer de graves blessures. Un sourire carnassier se forma dans mon esprit. Cette créature, contrairement aux autres, allait me donner une essence précieuse. Je pouvais déjà sentir l’énergie brute qui émanait de son corps, une source parfaite pour assouvir ma faim et renforcer ma puissance. La plupart des prédateurs que je croisais dans ce dédale étaient proches des dragons ou des lézards. Ce nouvel adversaire ressemblait à un dragon de komodo, bête connu pour ses crocs empoisonnés et sa vitesse de charge. J’observais les alentours pour vérifier qu’il n’y avait pas plusieurs adversaires.


Le combat s’engagea avec une rapidité foudroyante. Elle bondit sur moi, sa gueule ouverte, ses crocs prêts à se refermer sur ma gorge. Mais, mes réflexes étaient désormais bien plus aiguisés. D’un saut latéral, je me décalai sur le côté, et ma queue, renforcée par l’évolution, fouetta l’air et heurta violemment son flanc, l’envoyant s’écraser contre la paroi rocheuse. Elle grogna, se redressa, mais sa position trahissait une douleur vive, un instant de faiblesse que j’exploitai sans hésiter en fonçant sur la zone blessée. Nous étions de taille similaire, deux lézards de la taille d’un poney crachaient, griffaient ou essayaient de mordre leur adversaire pour remporter cette lutte engageant leur survie. Mes griffes s’enfoncèrent dans sa chair, et ma gueule refermée sur son cou acheva le combat. Alors que son souffle s’éteignait, je ressentis l’afflux d’énergie, la pulsation de l’essence vitale, m’enveloppant dans une vague de chaleur vivifiante.

Une notification mentale apparut dans mon esprit :


"Essence vitale absorbée : 5/100"


La sensation de cette énergie résonnait en moi, plus puissante, plus raffinée. Ces nouvelles proies, dignes de mon évolution, allaient m’apporter bien plus que les simples rongeurs et insectes des débuts. Mais il restait encore une longue route pour atteindre le prochain stade.

Je parcourus ainsi plusieurs galeries, agrandissant mon territoire, traquant chaque créature suffisamment imposante pour mériter mon attention. Certaines tentaient de résister, mais je sentais que ma domination naturelle suffisait à les soumettre. Chaque victoire renforçait ma maîtrise de cette force intérieure, un pouvoir jusqu’alors inconnu qui me permettait d’imposer ma présence, d’instiller la peur chez mes ennemis avant même que je les affronte. Mon estomac se remplissait également et je sentais que j’allais finir par ne plus être capable de consommer mes proies entières.


C’est en plein cœur de cette traque que je découvris un autre aspect de ma nouvelle puissance : la chaleur au fond de mes entrailles. Si je concentrais cette chaleur, je la sentais bouillonner en moi, prête à remonter le long de ma gorge. J’avais beau essayer d’expulser ce feu de mes entrailles, je n’avais pas encore ce qu’il fallait. Je compris rapidement que mon incarnation avait tous les traits typiques des dragons de fantaisie occidentaux. J’espérais que le jeu me permettrait une personnalisation ou de nouveaux pouvoirs pour sortir du cliché du grand dragon noir cracheur de feu dans l'avenir. Pour le moment néanmoins, j’étais satisfait de savoir que j’allais pouvoir développer en jet de flamme prochainement, cela me permettrait d’avoir une attaque à distance avant d’engager le combat.

Au fil des heures, la caverne devint mon territoire. Les petites créatures s’écartaient à mon passage, certaines osaient encore me défier, mais une lueur d’intelligence nouvelle me soufflait qu’il serait vain de les éliminer toutes. Je laissais les plus petites d’entre elles se développer, formant malgré elles une source de nourriture potentielle pour l’avenir. Je bâtissais ainsi, lentement mais sûrement, les fondations d’un empire draconique.


Alors que je m’approchais de l’entrée d’une nouvelle caverne, un souffle de vent frais s’infiltra dans la galerie, contrastant avec l’air lourd des profondeurs. Mon instinct me dictait de m’aventurer vers cette sortie potentielle, cette promesse de lumière. Peut-être, au-delà de ce labyrinthe souterrain, un monde encore plus vaste s’ouvrait à moi, plein de défis, de mystères, et d’essences précieuses. C’est avec ces promesses que j'avançai pour repérer les lieux. Alors que ma griffe se posait sur le sol de ce nouvel espace, mon corps fut pris d’un frisson intense. Je me sentais comme un enfant dans un lieu interdit. Mon regard se figea sur une masse immense allongée dans la grotte. Une bête reptilienne extrêmement proche d’un dragon dormait paisiblement sur un promontoire rocheux. La taille de son corps était trois fois plus grande que la mienne, sa tête triangulaire reposait sur ses ailes avant enroulées comme un serpent. La bête ne semblait pas avoir quatre pattes comme moi mais deux jambes postérieures puissantes et des ailes immenses à l’avant. Je fis rapidement l’association avec les wyvernes des jeux rétro que mon père m’avait montrés de l’époque de mon grand-père. La bête ouvrit une paupière et m’observa.