Chapitre 3 : Premières Confrontations
La journée passa comme un rêve, bercée par le souvenir de la grotte, des créatures chassées, et de la silhouette inquiétante de mon double aux yeux rouges. Dès la sortie des cours, mon esprit ne cessa de revenir aux profondeurs de ce monde fantastique. Plus je repensais à cet univers, plus l’envie de replonger me dévorait. La réalité, avec ses détails triviaux et ses petites contraintes, semblait pâle, délavée, en comparaison du monde qui m’attendait sous les écailles du dragon. Je comprenais l’effet que pouvait avoir ce jeu sur les bêta-testeurs et sur le public. Il ne ressemblait à aucun jeu étant sorti par le passé. L’immersion était totale, bien que pour le moment je n’ai pas encore touché à la partie gestion du jeu, la partie incarnation surpassait les jeux RPG spécialisés. J’étais plein d’anticipation sur la suite du jeu puisque ce dernier avait été vendu comme un jeu de gestion et un God simulation poussé. J’avais discuté avec mes amis du jeu durant les pauses de la journée et deux d’entre eux avaient déjà achetés le jeu et avaient rejoints la course à la divinité. Sophian, un jeune homme à l’allure charismatique et au sourire charmeur, qui me laissait toujours un sentiment d’infériorité devant sa gueule d’ange et sa facilité à aller vers les autres se plaignait d’avoir eu une incarnation qui ne lui ressemblait absolument pas et il pensait réellement à supprimer son compte et à en racheter un mais nous avions réussi à le convaincre de garder son Mycorax, une créature humanoïdes champignons, il avait spawné dans une forêt humides qui se rapprochait d’un marais en avançant le côté apprentissage qu’il pourrait faire du jeu avec cette incarnation avant de se décider. Braham, le second ami de son groupe à avoir rejoint le jeu lui était assez satisfait de son espèce, cette dernière concordait parfaitement avec son tempérament volcanique et ses prises de décision rapide, le Pyrak qu’il incarnait été une espèce vivant dans les volcans et se nourrissant de roche magmatique et de divers métaux qu’il croisait. Il nous l’avait décrit comme un bébé éléphant composé de roche en fusion et de lave. Nous avions échangé quelques informations, bien que ces dernières ne semblaient pas pouvoir nous aider puisque nous étions tous dans des biomes différents et avec des espèces très différentes.
Quand l’horloge frappa enfin huit heures du soir, je n’attendis pas une seconde de plus. Je me précipitai dans ma chambre, enfilai le casque VR, et après une brève respiration et un temps d’écran noir, me retrouvai à nouveau dans l’obscurité de la caverne. Mon corps reptilien m’enveloppait de nouveau, la sensation de mes écailles et de mes griffes, la texture du sol sous mes pattes... Tout était là, plus tangible que jamais. Une nouvelle énergie parcourait mes membres, la blessure à ma griffe droite était toujours présente, il ne paraissait pas avoir de récupération magique qui reconstruisait mon corps pendant mon sommeil, néanmoins la plaie avait commencé à cicatriser, je ne ressentais qu’une petite gêne vite oubliée après avoir fait quelques pas. Je notais dans ma mémoire que le jeu était ultra-punitif et je ne pouvais pas compter sur une régénération passive pour remettre mon corps à son niveau optimum. Je devais chasser pour me nourrir et récupérer les nutriments nécessaires à mon rétablissement et à une bonne régénération. Je me préparais à une nouvelle aventure dans les dédales de ce monde mais le souvenir de mon double maléfique restait gravé dans ma mémoire. Que représentait-il ? Était-ce un simple défi ou un avertissement d’une menace plus grande, un reflet de ma propre quête ? Je savais qu’il me fallait devenir plus fort pour affronter ce genre d’énigmes et protéger mon territoire. Après un rapide coup d'œil autour de moi pour m’assurer que la caverne était bien telle que je l'avais laissée, je me mis en marche. Aujourd’hui, je m’étais fixé deux objectifs : explorer plus en profondeur le réseau de cavernes et affronter des créatures plus puissantes pour accélérer ma croissance. Ma confrontation avec le lac noir avait laissé une trace de frustration ; il me fallait reprendre le contrôle et chasser cette ombre d’incertitude. Je n’étais qu’à quelques essences vitales de progresser vers le prochain stade. En pensant à mon statut ce dernier apparu dans mon esprit.
Nom : Athenael
Espèce : Dragon primordial
Croissance : Dragonnet juvénile
Essence vitale absorbée : 14/20
Satiété : affamé
Statistiques :
- Force : 4
- Vitalité : 2
- Agilité : 4
- Sagesse : 8
- Intelligence : 6
Ma force et mon agilité avaient toutes deux progressées durant mes chasses, me permettant d’être un peu plus serein, ces dernières semblaient assez faibles, mais durant ma discussion avec mes camarades de classes, ils m’avaient parlé de statistique différente des miennes et même d’une statistique à 1 pour le Pyrak. Le jeu ne paraissait affiché que les statistiques ayant atteint le niveau 1 et pas toutes celles disponible. J’avais hâte de voir si en atteignant le nombre d'essences vitales requises, j'allais connaître un changement important. Alors que j’avançais prudemment à travers les galeries, l’atmosphère se faisait plus lourde. Des traces de griffes parsemaient les murs et le sol, signes d’une lutte récente. Le silence régnait, oppressant, entrecoupé de cris lointains et de frôlements inquiétants.
Finalement, un souffle rauque se fit entendre dans l’ombre d’une caverne secondaire. Je m’approchai avec précaution, prêt à me défendre si la créature était hostile. Devant moi, une bête reptilienne aux écailles ternes et aux crocs aiguisés m’observait, ses yeux perçants braqués sur moi. Ce n’était pas un dragon, mais sa puissance brute transpirait dans ses muscles tendus et sa posture défensive.
Je me mis en position, mes griffes enfoncées dans la terre. Mon instinct de prédateur éveillé, je savais que ce combat serait une épreuve de force pure. Nous avions approximativement la même taille, peu de chose nous séparer actuellement, ce combat allait définir le maître de la zone. Je me figeai, chaque muscle tendu, mes yeux fixant ceux de la créature devant moi. Le monstre ressemblait à un vieux prédateur d’un autre temps : son corps massif et trapu, couvert d’écailles brunâtres, semblait taillé pour résister aux coups, tandis que ses griffes acérées labouraient le sol dans une danse de menace. Le moindre de ses mouvements révélait la tension de sa musculature, prête à se jeter sur moi à la moindre erreur. Un frisson d’adrénaline parcourut mon échine, mais cette fois-ci, je n’étais pas un simple dragonnet curieux. Ce combat, je l’avais attendu. Chaque essence vitale absorbée, chaque bataille précédente me préparait à cet instant. Je pouvais sentir que la victoire sur cette bête me rapprocherait d’une nouvelle étape dans ma progression. Le silence de la grotte amplifiait le moindre de nos gestes. Mon adversaire grogna en montrant ses crocs, puis, sans crier gare, se jeta sur moi. J’eus tout juste le temps de me plaquer au sol, sentant l’air fendre au-dessus de moi là où se trouvait sa patte quelques secondes plus tôt. Un souffle rauque émanait de sa gueule béante tandis qu’il tentait de me saisir. Ma tête esquiva de justesse, et je répliquai avec un coup de griffe bien placé. L’impact fut solide, mais pas suffisant pour briser son épaisse carapace. Ses écailles ternes semblaient endurcies par de multiples batailles. Chaque coup échangé intensifiait notre duel, l’air se chargeant de l’odeur métallique du sang à chaque estafilade que nous laissions à l’adversaire.
Malgré la tension, une partie de moi analysait chaque geste, observant les faiblesses de l’adversaire. Je remarquai qu’il boitait légèrement sur une patte arrière, une faiblesse peut être récente. Tentant d'exploiter cette faille, je fis mine de reculer pour l’attirer vers moi. En réponse, il bondit avec toute sa force, mais cette fois, j’étais prêt. Mon corps esquiva de côté, et je frappai sa patte blessée de toutes mes forces. Un craquement sinistre se fit entendre, et un hurlement déchirant résonna dans la grotte.
La bête chancelait, sa posture auparavant imposante vacillant dangereusement. Je pouvais voir la rage dans ses yeux, mais aussi la douleur qui l’affaiblissait. Le moment était venu. Je pris une grande inspiration et bondis sur son flanc, profitant de sa perte d’équilibre pour planter mes griffes dans sa chair. Le sang gicla sous la pression de mes coups, et j’entendis un rugissement de défi, mais déjà ses forces déclinaient. Finalement, le monstre s’effondra lourdement, son souffle se muant en râle de plus en plus faible. Je restai sur mes gardes, le souffle court, observant ce dernier soupir, sentant à la fois le soulagement et l’euphorie d’une victoire arrachée de haute lutte. Je me rapprochai de mon butin pour confirmer son trépas, une fois la chose confirmée je m’empressa de déchirer un morceau de viande pour me sustenter et recevoir son essence vitale. Un frisson intense traversa mon corps lorsque je sentis l’essence vitale de la créature se libérer. Comme un flux invisible, elle passa de son corps inerte au mien, me remplissant d’une énergie brute et vivifiante. Une notification mentale apparut, me signalant que j’avais gagné cinq nouvelles essences vitales. J’étais désormais tout proche de mon prochain stade. Pourquoi cette bête m’avait-elle donnée cinq essences là où l’une de mes proies habituelles n’en donnait qu’une seule ? J’émis deux hypothèses, la première que plus une bête avait chassé d’autres monstres plus elle était susceptible d’en octroyer à sa mort, la seconde étant que je venais peut-être de vaincre un autre joueur et que j’avais absorber les essences qu’il avait récolté. Face à l’impossibilité de confirmer mes pensées, j’en vins à décider de chasser les bêtes qui me semblaient plus forte que les autres pour progresser plus vite et à essayer de rentrer en contact avec elles lorsque cela était possible.
Essuyant le sang de mes griffes, je me redressai et observai les alentours, mon cœur battant encore la chamade. La grotte était redevenue silencieuse, seul le goutte-à-goutte de l’eau se faisait entendre. Cette victoire m’avait épuisé, mais elle marquait un tournant. J’avais vaincu un adversaire redoutable, renforçant encore un peu plus ma position dans ce territoire. Alors que je reprenais mon souffle, une pensée m’obséda : combien d’autres créatures de ce type se cachaient dans les tréfonds de cette caverne, des monstres dotés d’une puissance encore plus grande ? Et surtout, quelles autres formes de danger et de pouvoir attendaient que je les découvre pour nourrir ma croissance ?
Je n’étais plus qu’à une seule essence de progresser vers le prochain stade, ce dernier me permettrais peut-être d’avancer vers mon objectif de déification. J’entendis un couinement plaintif dans un faille de la paroi de la caverne, en m’approchant furtivement je constatais qu’une espèce de rongeur essayait de briser des œufs situés dans la cavité, je compris que le rongeur cherchait à profiter de la mort de mon adversaire pour faire de sa progéniture son quatre heures. Un coup de patte bien placé transforma le voleur en dessert. Avant de le consommer et de gagner ainsi ma dernière essence, j’observa les œufs, ils étaient au nombre de quatre, il était terne, après un moment de réflexion je décidai de les laisser sur place, s’ils réussissaient à éclore et à survivre dans cette grotte alors j’aurais un nouveau repas d’ici quelques temps. Le jeu mettait en avant le côté gestion, l’une des premières choses qu’il fallait sécuriser dans tout bon jeu de gestion était une source de nourriture. Il ne fallait jamais complètement tarir une source d’approvisionnement. Cette grotte se situant à seulement trois heures de marche de mon nid cela me sembla être une bonne idée. J’attrapa le cadavre du rongeur et reparti en direction de mon nid pour le consommer en paix, je ne savais pas quel genre évènement l’obtention de cette vingtième essence pourrait déclencher, autant être en sécurité avant de procéder au dernier pas. Une fois installé dans mon repaire et en ayant bloqué les entrées avec quelques roches, je m’installais pour consommer ma dernière essence. Je sentis un sentiment de chaleur pénétrer dans tout mon corps et ma puissance grimper en flèche. Mes paupières devinrent immédiatement lourdes. Malgré moi mon incarnation s’endormi immédiatement. Je ne fus pas immédiatement déconnecté du jeu comme lorsque j’avais atteint l’heure limite mais un ensemble de données s’affichèrent devant moi, je pouvais voir la représentation de mon incarnation comme dans ma fenêtre de statistique devant moi et cette dernière fluctuaient pour atteindre une nouvelle forme. Je nu pas la possibilité de voir la forme finale sur la représentation que le jeu m’indiqua que le temps nécessaire à l’incarnation pour évoluer nécessiterais le reste de la nuit. Je fus immédiatement déconnecté et me retrouva au petit matin dans ma chambre.