Genèse Divine

Chapitre 5 : Fortifications et Découvertes

26/12/2025 5 lectures

La wyverne se désintéressa rapidement de moi et se rendormit. Je n’étais pas une proie digne de son attention.

Mon cœur battait à tout rompre, et pendant quelques secondes, je restai figé, respirant à peine, craignant que le moindre mouvement ne déclenche sa fureur. La taille imposante de la bête, me rappelait que, malgré mon évolution, je n’étais qu’un dragon adolescent face à un monstre bien plus ancien. Elle m’aurait écrasé sans même lever une griffe. Prudemment, je reculai, mes pattes glissant avec précaution pour éviter tout bruit.

La présence de la wyverne changeait la donne dans cette caverne. Elle régnait manifestement sur ces lieux et n’aurait aucune hésitation à m’éradiquer si elle décidait que j’empiétais sur son territoire. Cette caverne, pour le moment, n’était pas un lieu où je pouvais établir ma domination. Mais, la découvrir me donnait un nouvel objectif : grandir, encore et encore, jusqu’à pouvoir affronter des créatures de ce calibre. Si je voulais pouvoir sortir du dédale de cavernes, je devais être capable de traverser la caverne et de pouvoir revenir dans mon nid pour m’abriter.


Je parvins à quitter la caverne sans déclencher l’ire de la wyverne. Une fois en sécurité dans une galerie voisine, je sentis la tension redescendre un peu. Le souffle court, je parcourus rapidement les galeries pour revenir vers mon nid. La peur m’avait donné des ailes, et ma nouvelle agilité rendait mes mouvements plus fluides et rapides. J’arrivai en quelques instants devant l’entrée de ma caverne, mon sanctuaire, ma zone de repos.

La vision de la wyverne endormie hantait mon esprit. Cette rencontre m’avait ouvert les yeux sur la précarité de ma situation. Ma caverne, qui me semblait jadis vaste et protectrice, paraissait maintenant exposée, vulnérable. Et, si un jour, la wyverne décidait de s’aventurer plus loin ? Je devais renforcer mon nid, me protéger des créatures des profondeurs.

Sans attendre, je commençai à examiner chaque recoin de la grotte pour établir un plan de fortification. Mes griffes éraflaient les parois, dessinant mentalement l’architecture que je souhaitais construire. Je voulus déplacer quelques pierres pour combler une fissure dans un coin de la grotte, mais dès que je tentai d’y poser mes griffes, une sensation étrange se déversa en moi. Une force douce, légère, une énergie flottante qui paraissait émaner de mes pensées. Je me concentrai et cette énergie répondit à mon appel, comme un souffle capable de guider la matière.


Les roches, lourdes et immobiles jusque-là, tremblèrent légèrement, puis s’élevèrent lentement sous l’effet de ma volonté. J’écarquillai les yeux, stupéfait, alors que je dirigeais instinctivement les pierres pour les assembler autour de l’entrée de la grotte. Mon esprit semblait donner forme à mes désirs, modelant les blocs en une structure rudimentaire mais solide. Je ne pouvais pas encore soulever de grandes masses, mais la possibilité de modeler mon environnement avec ce pouvoir télékinésique ouvrait des perspectives infinies.

Progressivement, je formai une barrière de roches devant l’entrée, une couche de protection qui me permettrait de voir et d’entendre les intrus tout en restant dissimulé dans l’ombre. Cette sensation de pouvoir me grisait. Je sentais que cette capacité, bien que naissante, pouvait devenir un outil essentiel pour marquer et défendre mon territoire. Je pris soin d’aligner les blocs, de manière qu’ils soient fermes et bien imbriqués.

Une fois la première fortification achevée, je testai d’autres possibilités. Je parvins à former une petite cavité dans le mur de la caverne, un espace de stockage pour les proies plus petites, une sorte de réserve de nourriture qui me permettrait de tenir même en cas de pénurie dans les galeries environnantes. Mes mouvements étaient encore lents et hésitants, la manipulation me demandait une intense concentration. En revanche, l'idée de pouvoir sculpter mon environnement et d’y graver mon empreinte me procurait un sentiment de contrôle inédit.


Au bout de quelques heures, le premier stade de ma fortification était achevé. J’observai mon travail avec satisfaction. Mon nid ressemblait désormais davantage à une forteresse, un bastion capable de résister aux prédateurs mineurs. Mais, au fond de moi, je savais que ce ne serait pas suffisant pour me défendre contre des créatures comme la wyverne. J’aurais besoin de renforcer encore mon territoire à mesure que j'évoluerai.

Cette nouvelle capacité de télékinésie m’ouvrait également des perspectives offensives. Je pouvais imaginer lancer des pierres ou former des barrières durant les combats, de quoi désorienter mes adversaires ou me donner un avantage tactique. Le souvenir de mon duel avec le dragon de Komodo géant resurgit, et je me dis que si j’avais eu ce pouvoir plus tôt, le combat aurait été bien plus simple.

Soudain, un grondement sourd résonna dans les galeries, venant d’une direction opposée. Je me figeai, mes sens à l’affût, écoutant chaque vibration. La wyverne s’était-elle réveillée et décidait-elle de chasser ? Ou était-ce une autre créature, attirée par le mouvement et l’énergie libérée par mes manipulations ?


Le grondement se rapprochait, et mes instincts me dictaient la prudence. Bien que ma nouvelle forme m’apportât force et assurance, je savais qu’il y avait encore des limites à mes capacités. Le besoin de survie prit le dessus, et je reculai vers l’intérieur de mon nid, observant l’entrée depuis les ombres. Mon cœur battait, mais ma détermination ne faiblissait pas.

L’heure était venue de tester mes fortifications et mon nouveau pouvoir.

Le grondement se transforma en un frémissement continu, comme un millier de griffes raclant la pierre. L’odeur âcre qui montait du tunnel m’indiquait qu'une sensation approchait, mais je ne m’attendais pas à cette marée grouillante. Une centaine de lézards, de la taille d’un gros chat pour les plus imposants, se ruaient vers mon nid, leurs yeux révulsés de peur, leur langue fourchue claquant d’angoisse. Ils se précipitaient, comme fuyant une menace invisible.


Certains d’entre eux, plus grands et plus robustes, attiraient mon regard. Je sentais dans leur démarche une force vitale plus dense, différente de celle des plus petits. D’instinct, je savais que ceux-là contenaient une essence qui pourrait nourrir ma progression. Mais, pour le moment, la marée de corps rampants et agités avançait sans relâche, engloutissant tout sur son passage, et ils ne semblaient pas ralentir à mesure qu’ils se rapprochaient de l’entrée de ma grotte.

Leur nombre était une menace en soi. Isolés, ces petits lézards n’auraient été qu’une gêne, mais leur masse compacte devenait un véritable problème. Bientôt, ils franchirent ma barrière de pierres, grimpant les uns sur les autres pour s’enfoncer dans mon repaire. J’eus à peine le temps de me préparer avant qu’ils ne m’atteignent. Les premiers se jetèrent sur moi, leurs petites dents acérées tentant de s’enfoncer dans mes écailles. Individuellement, ils n’étaient pas de taille, mais leur nombre créait une pression oppressante.

Je rugis, secouant mes membres pour les repousser. Mon souffle chaud balaya les premiers rangs, pourtant ils s’agrippaient, tenaces, se hissant les uns sur les autres pour atteindre mon dos et mes ailes encore fragiles. Je sentis des petites dents s’enfoncer dans les interstices de mes écailles, et une douleur lancinante se répandit sur mes flancs. Enragé, je déployai mes ailes avec force, provoquant un puissant souffle qui repoussa une partie de la horde en arrière.


Cette attaque soudaine me permit de gagner un peu de répit, et j’en profitai pour planter mes griffes dans les lézards les plus gros, ceux dont je savais qu’ils contenaient l’essence précieuse. Le premier que j’attrapai fut déchiqueté en quelques secondes, libérant une pulsation d’énergie vitale qui se diffusa en moi, renforçant mes muscles. Ce regain de force me donna le courage de continuer à me défendre malgré le flot incessant de petites créatures qui mordaient mes écailles.

Pour chaque lézard que je tuais, deux autres prenaient sa place, s’agrippant à mes pattes, rampant sur mon dos, tentant de percer ma carapace. Le sol de ma caverne se tapissait de leurs petits corps glissants, leurs yeux jaunes fixant les miens avec une lueur de défi insensé. J’étais poussé de plus en plus près d’un mur, ma queue fouettant l’air pour les éparpiller autant que possible. Mais, leur nombre rendait l’effort vain ; je devais trouver une autre solution.


Alors que je reculais, acculé, mes ailes se déployèrent à nouveau, et je les abattis dans un mouvement violent. Un souffle d’air projeta les lézards en arrière, les envoyant s’écraser contre les parois de la caverne ou les piétinant sous leurs propres camarades. Profitant de ce moment de répit, je bondis en avant, frappant de mes griffes et mordant tout ce qui se trouvait à ma portée. Ma gueule se refermait sur les lézards un par un, l’énergie vitale des plus grands renforçant progressivement mes forces.

Après de longues minutes de lutte, la marée de lézards commença à faiblir. Mes écailles étaient égratignées, et mon corps portait les marques de leurs dents, mais la fureur de la bataille m’avait enflammé. Je frappai, griffai et mordis sans relâche, les petits corps se brisant sous mon poids ou fuyant, paniqués, dans les recoins de la caverne.


Finalement, le dernier lézard tomba sous mes griffes, et un silence s’installa dans la grotte, à peine troublé par les gouttes de sang et les morceaux de chair éparpillés sur le sol. Devant moi s’étalait une montagne de cadavres, les lézards empilés les uns sur les autres en un tapis gluant et fumant. L’odeur de leur sang emplissait l’air, et je laissai échapper un profond soupir. La marée avait été terrassée.

Je contemplai les cadavres en réfléchissant. Ce massacre m’avait coûté beaucoup d’énergie, et bien que j’aie absorbé les essences des plus gros lézards, mon corps était épuisé. Ces proies, bien que faibles individuellement, pouvaient servir de précieuse réserve de nourriture, surtout si une nouvelle marée se déclenchait dans les jours à venir. Mais, pour cela, je devais trouver un moyen de conserver cette viande sans qu’elle ne se décompose.

Je fermai les yeux, cherchant dans ma mémoire des solutions que j’avais croisées dans le monde réel. La conservation, la fraîcheur… peut-être pourrais-je utiliser la caverne elle-même pour garder les cadavres à l’abri du pourrissement. Mon esprit se tourna instinctivement vers cette énergie de télékinésie, qui semblait encore imprégner mes pensées. En me concentrant, je parvins à soulever quelques pierres à l’entrée de la caverne pour sceller temporairement le passage, réduisant ainsi l’air entrant. Avec moins d’air, la décomposition devrait ralentir, et l’obscurité des lieux ajouterait à cette préservation.

Avec précaution, j’empilai les cadavres les uns sur les autres dans la cavité que j’avais creusée, les alignant pour minimiser l’espace qu’ils occupaient. La caverne devenait ma maison et cette cavité mon frigo, un lieu de survie où chaque proie abattue se transformait en ressource pour les jours de disette.


Une fois ce travail achevé, je me retirai dans un recoin plus éloigné pour reprendre des forces. Mon corps était épuisé, mais mon esprit brûlait de l’excitation de la découverte. Cette bataille m’avait appris des choses essentielles sur mon environnement et sur mes capacités. L'habileté de manipuler la roche et de modeler mon nid m’offrait de nouvelles possibilités, en même temps pour me défendre, et pour transformer cet endroit en un véritable bastion draconique.

Tandis que la fatigue me gagnait, mes pensées dérivèrent vers la wyverne aperçue plus tôt. Un jour, je reviendrai la voir, et peut-être que cette fois, je la regarderai d’un air indifférent avant de la laisser s’échapper, ou de la chasser hors de mon territoire. Mais, pour l’instant, j’avais fortifié mon nid, et la caverne était enfin redevenue un lieu sûr.

Je me couchai, les paupières lourdes, avec la satisfaction du prédateur ayant assuré sa survie pour un jour de plus. Mon territoire était en sécurité, et mon empire draconique venait de poser les bases de sa prospérité future.

Je me réveillais du jeu avec un sourire de satisfaction de cette aventure. Mon corps reposé par les ondes dégagées par le casque de VR m'avait permis de reposer mon corps et mon esprit, laissant les traces de la nuit comme un doux rêve.