Genèse Divine

Chapitre 39 : Le premier verrou

30/09/2026 1 lectures

La dernière reconnaissance confirma ce que nous espérions. La plus petite des jeunes wyvernes empruntait bien régulièrement le passage secondaire. Elle quittait le nid seule, suivait la galerie couverte de mousse pendant plusieurs centaines de mètres, puis disparaissait dans un réseau de cavités trop étroit pour les adultes. Elle y chassait de petites créatures avant de revenir auprès des siens. Marrakhan l’avait observée deux fois sans se faire repérer et avait compté ses respirations comme je le lui avais appris. Les horaires n’étaient pas parfaitement réguliers, mais une habitude se dessinait. À chaque fois, elle partait après qu’une des grandes wyvernes avait quitté le nid. Probablement une manière pour la mère de répartir les chasseurs sans laisser sa tanière complètement exposée.


Je regardais notre carte avec une attention presque maladive. Depuis plusieurs jours, les pierres avaient cessé d’être de simples cailloux. Elles représentaient des déplacements, des risques, des comportements. Je commençais à connaître ces créatures sans même les avoir toutes affrontées. La mère contrôlait son groupe avec une logique simple mais efficace : deux grandes wyvernes effectuaient les longues sorties, les trois jeunes restaient majoritairement à proximité du nid et une seule s’aventurait dans les galeries secondaires. Aucun membre ne semblait quitter la caverne au hasard. Si l’une des grandes partait, l’autre restait. Si une jeune quittait la tanière, les deux autres demeuraient proches de la mère. Cette organisation réduisait considérablement nos possibilités d’attaque directe, mais elle rendait leurs mouvements prévisibles. Et toute chose prévisible pouvait devenir vulnérable.


— Aujourd’hui, annonçai-je.


Marrakhan releva immédiatement la tête. Il n’avait pas besoin de demander ce que je voulais dire.


— On la prend ?


— Si elle suit le même trajet.


Un sourire dévoila ses crocs.


— Enfin.


Je lui lançai un regard.


— Ne confonds pas une embuscade avec une revanche.


Son sourire diminua légèrement.


— Je sais.


— Non. Tu le sais lorsque tu es ici. Je veux que tu t’en souviennes lorsqu’elle sera devant toi.


Il ne répondit pas immédiatement. La remarque l’avait touché, ce qui signifiait probablement qu’elle était nécessaire. Marrakhan avait progressé. Sa reconnaissance auprès de la mère l’avait prouvé. Mais il restait jeune, puissant pour son âge et profondément marqué par ce que les wyvernes lui avaient fait. Je ne pouvais pas effacer sa colère et je n’étais même pas certain de le vouloir. Il devait seulement apprendre à l’utiliser plutôt qu’à lui obéir.


Kaëna s’approcha de la carte et posa son museau près de la pierre représentant son frère. Elle avait compris qu’il se passait quelque chose. Depuis quelques jours, elle semblait observer davantage nos préparatifs et moins chercher à y participer directement. Peut-être commençait-elle à comprendre ses propres limites. Ou, plus probablement, elle estimait que nous étions parfaitement capables de prendre les risques à sa place.


— Tu restes ici.


Elle releva la tête vers moi.


— Ce n’est pas négociable.


Un léger grognement sortit de sa gorge.


— Tu es encore trop jeune pour affronter une wyverne.


Elle donna un coup de patte à la pierre représentant la cible.


— Oui, je sais que tu as compris le plan.


Elle frappa une seconde fois la pierre.


Marrakhan la repoussa avec son museau.


— Arrête de toucher.


Kaëna le mordit immédiatement sur le bout du nez avant de s’éloigner.


Je laissai échapper un souffle amusé. La tension qui m’habitait diminua juste assez pour me permettre de réfléchir correctement.


La lézarde verte, elle, était désormais capable de marcher. Ses plaies restaient visibles, mais la cicatrisation avançait rapidement. Elle se tenait près de l’entrée de sa cavité et observait Marrakhan. Lorsque nous nous dirigeâmes vers la sortie, elle fit quelques pas derrière nous.


Marrakhan se retourna.


— Non.


La lézarde continua.


— Tu es blessée.


Elle passa à côté de lui.


Je ne pus m’empêcher de sourire.


— On dirait qu’elle n’a pas l’intention de demander ton autorisation.


Il grogna, mais la laissa nous suivre.


Je n’avais pas prévu sa présence. Pourtant, après réflexion, elle représentait un avantage. Elle connaissait la galerie mieux que nous et pouvait détecter des mouvements qui nous échapperaient. Surtout, son odeur faisait déjà partie de l’environnement. Si la wyverne nous flairait avant d’entrer dans le piège, l’odeur de la lézarde pourrait masquer partiellement la nôtre.


Nous avançâmes jusqu’au passage identifié sur notre carte. La zone était exactement comme Marrakhan l’avait décrite. Une galerie d’environ quatre mètres de largeur descendait légèrement avant de se resserrer entre deux formations rocheuses. Au-dessus, un amas de blocs semblait avoir été coincé là par un ancien effondrement. Certaines pierres pesaient probablement plusieurs tonnes. Une créature suffisamment forte pouvait passer sans difficulté sous l’ensemble, mais les vibrations produites par un combat violent risquaient à elles seules de provoquer une catastrophe.


Pour une fois, cette instabilité nous arrangeait.


Je fermai les yeux et étendis ma perception télékinésique. Depuis mes premières tentatives maladroites dans mon nid, la compétence avait considérablement progressé. Je ne pouvais toujours pas arracher une montagne de ses fondations, mais déplacer des blocs de taille importante ou exercer une pression précise sur certains points était devenu beaucoup plus naturel. Je sondai l’amas rocheux jusqu’à identifier plusieurs pierres essentielles à son équilibre. Kaëna aurait probablement cherché immédiatement la plus petite d’entre elles. Je préférais conserver davantage de contrôle.


— Là.


Je désignai une roche triangulaire coincée entre deux blocs.


— Si je la retire, une partie de la galerie tombe.


Marrakhan leva les yeux.


— Toute la galerie ?


— Normalement non.


— Normalement ?


— C’est une grotte, Marrakhan. Je n’ai pas les plans de construction.


Il resta silencieux.


— Rassurant.


Je lui montrai ensuite une cavité située quelques mètres plus loin.


— Tu te places ici. Tu attends qu’elle dépasse ce point.


Je marquai le sol avec une profonde griffure.


— Pas avant.


— Et toi ?


— Derrière.


Je désignai une seconde fissure.


— Lorsqu’elle passe, nous refermons la galerie. Elle sera coincée entre nous.


— Et si elle vole ?


Je levai les yeux. Le plafond descendait suffisamment bas pour empêcher une véritable prise d’altitude.


— Elle pourra bondir. Pas voler.


Marrakhan acquiesça.


— Et elle ?


Il désigna la lézarde.


— Elle reste en retrait et nous prévient si quelque chose arrive par derrière.


La créature nous observa comme si elle comprenait parfaitement que nous parlions d’elle.


Nous nous installâmes.


Puis nous attendîmes.


L’attente fut pire que le combat.


Les premières centaines de respirations passèrent facilement. Ensuite, chaque bruit devint suspect. Une pierre roulant dans une galerie voisine suffisait à tendre mes muscles. Une goutte tombant dans une flaque faisait légèrement pivoter ma tête. Je commençais à comprendre pourquoi Marrakhan revenait épuisé de ses missions de reconnaissance alors qu’il n’avait parfois parcouru que quelques kilomètres. Rester parfaitement immobile en sachant qu’un prédateur pouvait apparaître à tout moment exigeait une concentration différente de celle du combat.


Marrakhan, de son côté, ne bougeait pratiquement pas.


J’en ressentis une nouvelle pointe de fierté.


Finalement, la lézarde releva la tête.


Sa langue sortit une fois.


Puis deux.


Elle se tassa contre le sol.


Quelques secondes plus tard, je l’entendis.


Des griffes.


Légères.


Rapides.


La jeune wyverne arrivait.


Mon cœur accéléra.


Je n’avais encore jamais observé l’un des jeunes d’aussi près. Sa silhouette apparut au détour de la galerie, avançant avec une prudence toute relative. Marrakhan avait raison : elle était plus grande que lui, mais très inférieure aux adultes. Son corps devait mesurer cinq ou six mètres du museau à l’extrémité de la queue. Ses ailes antérieures étaient déjà puissantes mais encore disproportionnées, longues et fines, avec des membranes plus claires que celles de la mère. Ses écailles gris brun ne possédaient pas encore l’épaisseur des adultes et plusieurs zones autour de son cou laissaient apparaître une peau plus souple.


Elle transportait quelque chose dans sa gueule.


Une créature semblable à un gros rongeur.


La wyverne passa devant la première marque.


Puis devant la seconde.


Encore quelques mètres.


Je retins ma respiration.


Elle s’arrêta.


Son museau se releva.


Elle avait senti quelque chose.


Ses narines frémirent.


La lézarde verte resta parfaitement immobile.


La jeune wyverne tourna légèrement la tête dans sa direction.


Puis elle avança.


Un pas.


Deux.


Trois.


Maintenant.


J’arrachai la pierre triangulaire à son emplacement.


Le résultat fut immédiat.


Un craquement terrible traversa la galerie. La jeune wyverne lâcha sa proie et tourna brusquement la tête. Au-dessus d’elle, les premiers blocs glissèrent. Elle tenta de reculer, mais une masse rocheuse s’abattit derrière elle dans un fracas assourdissant.


La galerie disparut sous un nuage de poussière.


Le passage vers son nid venait d’être condamné.


La wyverne poussa un cri aigu.


Marrakhan jaillit de sa cachette.


— Maintenant !


Il bondit directement sur le flanc de la créature. Ses griffes s’enfoncèrent dans la membrane de son aile droite avant même qu’elle comprenne ce qui se passait. La wyverne pivota et frappa violemment Marrakhan avec son aile libre. Mon fils fut projeté contre la paroi.


Je sortis à mon tour de ma cachette.


La jeune créature me vit.


Ses yeux s’écarquillèrent.


Elle comprit immédiatement.


Piégée.


Elle poussa un nouveau cri.


Je frappai avant qu’elle puisse recommencer.


Ma télékinésie saisit une pierre au sol et l’envoya contre sa mâchoire. Sa tête partit sur le côté. Marrakhan profita de l’ouverture pour revenir à la charge, mais cette fois je sentis sa colère prendre le dessus. Il visait directement la gorge.


— L’aile !


Il hésita une fraction de seconde.


Puis obéit.


Ses crocs se refermèrent sur la membrane déjà déchirée. Il tira de toutes ses forces. Un bruit humide accompagna la déchirure et la wyverne hurla. Elle tenta de prendre de l’altitude par réflexe, mais son aile blessée refusa de la porter.


Parfait.


Je fondis sur elle.


Notre différence de taille restait importante, mais elle n’avait rien à voir avec les adultes. J’enfonçai mes griffes dans son torse et utilisai mon poids pour la plaquer contre le sol. Sa patte arrière frappa mon flanc et plusieurs griffes glissèrent entre mes écailles. Une douleur vive traversa mon corps.


Je resserrai ma prise.


La wyverne ouvrit la gueule.


De la chaleur.


— Recule !


Marrakhan bondit sur le côté.


Une gerbe de flammes orangées jaillit entre nous.


Je lâchai immédiatement ma prise. La chaleur passa à quelques centimètres de mon museau.


Elle pouvait déjà cracher du feu.


L’information aurait été intéressante dans d’autres circonstances.


La wyverne tenta de profiter de mon recul pour rejoindre l’effondrement. Elle griffa les roches, cherchant désespérément une ouverture.


Marrakhan se plaça devant elle.


Cette fois, il n’attaqua pas.


Il attendit.


La wyverne pivota vers moi.


Prise entre deux dragons.


Je compris ce que Marrakhan faisait.


Il contrôlait sa fuite.


Exactement comme prévu.


Je concentrai mon énergie dans ma gorge. La chaleur familière remonta le long de mon cou. Lorsque la wyverne chargea vers moi, je libérai mon souffle.


Les flammes améthyste frappèrent son poitrail.


Elle hurla et recula directement vers Marrakhan.


Il bondit.


Ses crocs se refermèrent sur la base de son cou.


La créature se débattit violemment. Ses griffes frappèrent le sol, puis son corps. Marrakhan tint bon.


Je me jetai sur elle à mon tour.


Quelques secondes plus tard, un craquement sec mit fin au combat.


Le corps s’effondra.


Le silence revint brutalement.


Marrakhan resta immobile, la gueule encore refermée sur sa proie. Son souffle était rapide. Du sang coulait entre ses crocs.


Je l’observai.


Il lâcha finalement le cadavre.


Son œil valide se posa sur moi.


— On l’a eue.


Ce n’était pas un cri de triomphe.


Simplement une constatation.


J’acquiesçai.


— Oui.


Une notification apparut.


« Victoire de lignée : une jeune wyverne a été éliminée grâce à une stratégie coordonnée.


Essence vitale acquise.


Votre descendant Marrakhan progresse dans l’apprentissage du combat coordonné.


Bonus de lignée : les actions réalisées conjointement par plusieurs membres peuvent améliorer leur synchronisation future. »


Je refermai le message presque immédiatement.


— On part.


Marrakhan fronça les sourcils.


— On ne mange pas ?


— Pas ici.


Je regardai l’effondrement.


— Elle a crié.


Comme pour confirmer mes paroles, un rugissement lointain traversa la galerie.


Puis un second.


Marrakhan cessa immédiatement de discuter.


Nous saisîmes le cadavre. Je pris la partie avant, Marrakhan l’arrière. La lézarde verte ouvrit la marche.


Nous ne retournâmes pas directement au nid.


C’était la deuxième partie du plan.


Nous transportâmes notre prise jusqu’à une cavité située suffisamment loin du lieu de l’embuscade, puis dissimulâmes nos traces du mieux possible. Je recouvris certaines marques avec de la pierre pulvérisée et déplaçai plusieurs blocs derrière nous. Nous abandonnâmes ensuite le cadavre dans un renfoncement avant de revenir par un autre itinéraire jusqu’à un point d’observation préparé par Marrakhan.


Nous attendîmes.


La réaction fut rapide.


La première grande wyverne arriva moins de quelques centaines de respirations plus tard.


Elle ne passa pas.


L’effondrement bloquait une grande partie de la galerie.


Elle rugit.


Un bruit violent répondit.


La créature commença à frapper les roches avec ses pattes et ses ailes.


Puis une seconde silhouette apparut derrière elle.


Les deux adultes.


Je sentis mon cœur accélérer.


Marrakhan me regarda.


Je lui fis signe de rester immobile.


Les wyvernes inspectèrent longuement la zone. L’une d’elles réussit finalement à déplacer plusieurs pierres suffisamment petites pour créer une ouverture. Elle passa la tête dans le tunnel et huma l’air.


Puis rugit.


Pas de réponse.


La seconde wyverne entra à son tour.


Elles cherchaient la jeune.


Toutes les deux.


Je mémorisai l’information.


La mère avait envoyé ses deux adultes.


Le nid venait donc de perdre temporairement ses principaux défenseurs.


Marrakhan comprit en même temps que moi.


Son regard changea.


Je secouai immédiatement la tête.


Pas aujourd’hui.


Nous continuâmes d’observer.


Les deux grandes wyvernes finirent par franchir l’effondrement. Elles suivirent la piste pendant plusieurs minutes avant de revenir. Elles n’avaient pas trouvé le cadavre.


L’une d’elles poussa un cri puissant en direction du nid.


La réponse arriva quelques instants plus tard.


Le rugissement de la mère.


Même à cette distance, la vibration fit trembler les parois.


Puis quelque chose changea.


Les deux grandes wyvernes se séparèrent.


La première repartit vers le nid.


La seconde continua les recherches seule.


Je souris intérieurement.


Voilà.


La réaction était désormais connue.


Disparition d’un jeune.


Deux adultes envoyées.


Puis séparation.


Cela ouvrait plusieurs possibilités.


Nous restâmes dissimulés jusqu’à ce que la zone soit de nouveau calme. Lorsque nous récupérâmes finalement le cadavre et prîmes le chemin du retour, Marrakhan semblait incapable de détacher son esprit de ce qu’il venait de voir.


— On pourrait tuer la grande.


— Peut-être.


— Elle est seule.


— Maintenant, oui.


— Alors—


— Marrakhan.


Il se tut.


— Notre objectif aujourd’hui était une jeune wyverne.


— Et on a réussi.


— Exactement.


Je tournai légèrement la tête vers lui.


— C’est pour ça qu’on s’arrête.


Il ne sembla pas convaincu.


— Si nous attaquons chaque fois qu’une occasion apparaît, nous finirons par choisir un combat que nous ne pouvons pas gagner.


Le silence dura plusieurs secondes.


— Donc on laisse partir une ennemie.


— Nous la laissons croire qu’elle chasse encore une menace inconnue.


Son expression changea.


— Elle ne sait pas que c’est nous.


— Et je veux que ça reste ainsi le plus longtemps possible.


Cette fois, il comprit.


De retour au domaine, Kaëna vint immédiatement inspecter notre prise. Elle tourna autour du cadavre de la wyverne, renifla son aile déchirée, puis regarda Marrakhan. Il redressa fièrement le torse.


— Moi.


Je toussai légèrement.


Il me regarda.


— Nous.


Kaëna poussa un petit son amusé avant de planter ses crocs dans une partie de la membrane.


— Pas maintenant.


Elle tira.


— Kaëna.


Elle tira davantage.


Marrakhan posa sa patte sur la carcasse.


— C’est à moi.


Kaëna grogna.


Je fermai les yeux un instant.


Notre première victoire stratégique contre la famille de wyvernes était sur le point de se transformer en dispute pour un morceau de viande.


Je déplaçai le cadavre grâce à ma télékinésie avant que la situation dégénère.


— Personne ne mange tant qu’on n’a pas terminé.


Nous rejoignîmes la carte.


Je retirai l’une des trois petites pierres.


Deux jeunes.


Deux adultes.


Une mère.


Puis je déplaçai les deux grandes pierres vers l’effondrement, avant d’en ramener une près du nid.


— Voilà leur réponse.


Marrakhan s’assit devant la carte.


Kaëna vint se placer à côté.


Je désignai la grande pierre restée seule dans les galeries.


— Et voilà notre prochaine possibilité.


Marrakhan sourit.


Cette fois, je ne le repris pas.


Je regardai la pierre représentant la mère. Elle n’avait pas quitté son nid, même après la disparition de l’un de ses enfants. Cela pouvait signifier qu’elle protégeait quelque chose de plus important encore que les jeunes capables de se déplacer.


Les œufs.


Ou peut-être simplement qu’elle ne pouvait pas quitter la sortie.


Je repensai à son aile déchirée, à sa corne brisée, à son œil mort.


Une autre hypothèse apparut.


Et si la mère n’était pas seulement la gardienne du nid ?


Et si elle était incapable de s’en éloigner ?


Je posai une griffe sur la pierre.


Pour la première fois, la créature gigantesque que Marrakhan avait décrite ne me sembla plus invincible.


Elle avait des habitudes.


Une organisation.


Des blessures.


Et quelque chose qu’elle refusait d’abandonner.


La première pierre venait d’être retirée.


Il nous restait maintenant à découvrir combien d’autres soutenaient encore son empire avant que tout l’édifice ne s’effondre.