Genèse Divine

Chapitre 30 : Un allié potentiel

27/04/2026 7 lectures

Un rugissement aigu transperça l'air, suivi d'un grondement plus profond. Je m'avançai prudemment et observai la scène qui se déroulait devant moi.


Dans un coin de la caverne, une wyverne solitaire au corps longiligne et aux ailes membraneuses tenait en respect un lézard géant. Ce dernier, bien que puissant, était acculé contre une paroi, son corps couvert d'entailles et de plaies sanglantes. Ses écailles vert pâle brillaient faiblement sous la lumière des mousses bioluminescentes qui tapissaient le plafond de la caverne.


Je plissai les yeux. Ce lézard… Il n’avait pas d’ailes. Pourtant, sa morphologie, ses griffes épaisses et la forme de son crâne lui donnaient une ressemblance frappante avec un dragon primitif. Une espèce différente, peut-être disparue ailleurs, qui survivait dans ces galeries.


Mais son état était critique. Il luttait pour rester debout, ses pattes arrière fléchissant sous son propre poids. La wyverne, consciente de sa faiblesse, tournait autour de lui en émettant des sifflements sinistres, ses yeux fendus brillant d’une lueur prédatrice.


Une opportunité s'offrait à moi.


Cette wyverne était une menace directe. Si elle survivait, elle pourrait représenter un problème lors de notre futur assaut contre leur tanière principale. De plus, ce lézard… S'il survivait, il pourrait potentiellement devenir un allié.


Je devais agir.


Je me tassai légèrement sur mes pattes arrière, calculant l'angle parfait pour frapper la wyverne sans qu'elle me remarque immédiatement. Ma queue fouetta légèrement le sol alors que j’inspirais profondément, accumulant la chaleur en moi.


Puis, je bondis.


Mon attaque fut rapide et brutale. Je percutai la wyverne par-derrière avec toute la force de mon corps massif, la projetant sur le sol rocailleux dans un cri de surprise. Elle roula sur plusieurs mètres avant de se redresser, son regard se posant sur moi avec une fureur déchaînée.


— Tu n’auras pas ta proie aujourd’hui, charogne.


Je laissai échapper un grondement puissant, mes ailes légèrement déployées pour accentuer mon imposante silhouette. La wyverne n’hésita pas. Elle se jeta sur moi, ses griffes visant mon flanc.


Je bloquai son assaut avec ma propre patte avant, nos griffes s'entrechoquant dans un bruit sec. Elle était rapide, plus vive que moi, et ses mouvements étaient imprévisibles. Elle se coula sous moi, cherchant à me lacérer le ventre, mais je pivotai brusquement et frappa de ma queue, l'envoyant à nouveau s'écraser contre une paroi.


Le lézard blessé, toujours au sol, recula péniblement pour s’éloigner du combat.


Je ne devais pas laisser la wyverne reprendre le dessus.


Profitant de son déséquilibre, j’ouvris mes mâchoires et libérai un souffle de flammes ardentes.


Les flammes illuminèrent la caverne d’une lueur orange intense, frappant de plein fouet la wyverne. Elle poussa un hurlement de douleur, roulant sur le sol pour étouffer les flammes qui léchaient ses ailes et son dos. Mais elle n’eut pas le temps de se remettre. Je me ruai sur elle, plantant mes griffes profondément dans son poitrail. Elle se débattit avec hargne, tentant de mordre mon cou, mais je la repoussai en enfonçant mes crocs dans son épaule.


Son sang chaud coula dans ma gueule, métallique et brûlant. Elle s’affaiblissait, ses mouvements devenaient plus erratiques.


D’un geste brutal, je redressai ma tête et refermai mes mâchoires sur sa gorge.


Je sentis les os céder sous la pression de mes crocs. Le rugissement de la wyverne s’étrangla dans un gargouillement, et son corps se raidit avant de s’affaisser complètement. Son sang imbiba le sol sous nous, tandis que sa tête, toujours entre mes crocs, pendait mollement. Elle était morte.


Je relâchai mon emprise et laissai son corps s’effondrer, haletant légèrement sous l’effort. Je mordis immédiatement un morceau de la chair de ma victime pour absorber l’essence vitale contenu dans son corps. Le système m’indiqua l’absorbation de huit essences. Mon regard se porta alors sur le lézard blessé, qui me fixait avec une lueur indéchiffrable dans ses yeux sombres.


Il n'avait pas fui.


Il avait regardé tout le combat, analysant, attendant peut-être de voir si j’étais une nouvelle menace ou un allié potentiel.


Je fis un pas vers lui, lentement. Il ne bougea pas, mais son corps tendu indiquait qu’il était prêt à se défendre s’il le fallait.


— Je ne vais pas te faire de mal, dis-je en projetant une image mentale de calme et de neutralité.


Le lézard tressaillit légèrement mais ne recula pas. Il était intelligent, je pouvais le voir. Pas aussi évolué qu’un dragon, mais il comprenait que je venais de l’épargner.


Je regardai la wyverne morte, puis lui de nouveau.


Une idée naquit dans mon esprit.


Si ce lézard vivait seul dans ces tunnels, il connaissait forcément d’autres chemins, des voies secrètes que je n’avais pas encore découvertes. Peut-être même savait-il comment échapper aux wyvernes.


Et si je pouvais en faire un allié ?


Pour l’instant, il était trop affaibli pour me répondre. Je devais lui donner une raison de me faire confiance.


Je m’accroupis légèrement et déchirai une partie de la chair de la wyverne, poussant le morceau sanglant vers lui.


Il me fixa un instant, indécis. Puis, lentement, il tendit son cou et attrapa la viande dans ses mâchoires.


C’était un début.



Mais je ne pouvais pas rester ici trop longtemps. Il fallait que je rentre au nid avant que Marrakhan ne s’inquiète. Pourtant, je ne voulais pas laisser le lézard à la merci d’autres prédateurs.


Je devais l’amener sur mon territoire, sous ma surveillance.


Je projetai une nouvelle image mentale, lui indiquant de me suivre. Il redressa les écailles de son dos, hésitant, mais après quelques secondes, il se mit en marche, lentement.


Je l’emmenai à travers un réseau de tunnels que je connaissais bien. Nous avancions prudemment, moi devant, lui suivant à quelques pas. À plusieurs reprises, il s’arrêtait pour renifler l’air, vérifiant probablement si d’autres créatures rôdaient.


Finalement, nous atteignîmes une grotte située à la périphérie de mon territoire. Elle était spacieuse, avec un sol en partie couvert de mousse et de roche polie par l’humidité.


— Ici, c’est ton abri.


Je projetai une image mentale pour lui faire comprendre qu’il devait rester dans cet endroit jusqu’à ce que je l’autorise à sortir. Je laissai une partie du cadavre de la wyverne à l’entrée pour lui assurer de la nourriture.


Le lézard me fixa longuement, puis inclina la tête en signe de compréhension.


C’était une victoire en soi.


Mais je ne pouvais pas encore lui faire confiance. J’avais besoin de Marrakhan pour l’observer en mon absence.


Prenant soin de camoufler mes traces sur le chemin du retour, j’emportai l’autre partie du cadavre de la wyverne. L’odeur du sang pouvait attirer des créatures indésirables, et je ne voulais pas mener d’éventuels charognards jusqu’à mon nouveau pensionnaire.


Lorsque j’arrivai à la caverne, Marrakhan releva immédiatement la tête, son regard doré s’illuminant en me voyant revenir avec la carcasse de la wyverne.


— Père ! T’étais où ? Ça fait des heures que t’es parti !


Son ton était plein d’inquiétude et de frustration. Je déposai la dépouille au centre de la caverne et me redressai.


— J’ai croisé une wyverne isolée. Je l’ai éliminée.


Marrakhan ouvrit grand les yeux, puis s’approcha pour examiner la carcasse. Son museau plissa sous l’odeur encore âcre du sang.


— T’as tué une wyverne tout seul ? Son regard brillait d’admiration, mais aussi d’incrédulité.


— Elle était seule, mais ça n’a pas été facile.


Je lui racontai alors le combat. Comment j’avais surpris la créature, comment elle s’était battue avec acharnement et comment j’avais finalement tranché sa gorge. Marrakhan écoutait, ses griffes raclant le sol alors qu’il absorbait chaque détail.


Puis, je lui parlai du lézard.


— Ce n’est pas une créature ordinaire. Il ressemble à un dragon, mais sans ailes. Il comprend certaines intentions, je pense qu’il est intelligent.


Marrakhan fronça les sourcils, intrigué.


— Et tu veux en faire quoi ? Un serviteur ? Un allié ?


— C’est ce qu’on va découvrir. Je plongeai mon regard dans le sien. Je veux que tu le surveilles discrètement. Je lui ai donné un refuge, mais je ne veux pas qu’il quitte cette grotte tant que nous ne sommes pas sûrs de ses intentions.


Marrakhan grogna pensivement, puis hocha la tête.


— Compris. Je vais le surveiller. Mais si jamais il essaie de partir…


— Tu ne l’attaques pas. Tu m’appelles d’abord.


Il grogna à nouveau, mais ne protesta pas.


Après cette discussion, il s’approcha du cadavre de la wyverne, renifla et en arracha un morceau avec ses crocs.


— C’est bien la première fois qu’on mange un de ces foutus lézards volants, commenta-t-il en mâchant.


Je mordis à mon tour dans la chair encore chaude. Le goût était fort, métallique, plus riche que celui des proies habituelles.


— C’est un avant-goût de notre victoire sur leur nid.


Marrakhan rugit doucement, un sourire féroce sur le visage.


— J’ai hâte d’en dépecer d’autres.


Je laissai échapper un léger rire.


— Patience, fils. Leur fin viendra en temps voulu.


Alors que nous terminions notre repas, je levai les yeux vers l’œuf rouge, toujours niché prêt du bassin de lave. Sa surface semblait plus lumineuse qu’auparavant, ses veines incandescentes pulsant d’une énergie naissante.


Marrakhan suivit mon regard et grogna doucement, sa voix rocailleuse résonnant dans la caverne.


— Il ne reste plus beaucoup de temps avant qu’il n’éclose, hein ?


Je hochai la tête, gardant mon regard fixé sur l’œuf.


— Non. Quelques jours, peut-être moins.


Un silence s’installa, seulement brisé par le crépitement du bassin de lave. Marrakhan s’ébroua légèrement, puis se redressa.


— Et tu penses qu’on pourra lui faire confiance, à ce lézard ?


Je détournai enfin mon regard de l’œuf et fixai mon fils. Il n’avait jamais été du genre à douter de mes décisions, mais cette fois, je percevais une note d’incertitude dans son ton.


— Il a survécu seul dans ces galeries. Il a affronté une wyverne et n’a pas fui en me voyant. Il a du potentiel.


Marrakhan plissa les yeux, visiblement peu convaincu.


— Ouais, mais s’il décide qu’il veut nous bouffer dans notre sommeil ?


Je laissai échapper un léger grondement amusé.

Il souffla bruyamment par les narines.


Nous restâmes quelques instants à contempler la chaleur vibrante du nid, jusqu’à ce que le dragon cuivré prenne la parole à nouveau, son ton plus sérieux cette fois.


— Tu comptes créer un nouvel œuf bientôt, pas vrai ?


Je me figeai légèrement. Il était perspicace.


— Oui. Dès que mon pouvoir me le permettra.


Marrakhan gronda pensivement.


— Ça commence à faire beaucoup. Moi, ce lézard, l’œuf qui va éclore… Et un autre après ça.


Je relevai la tête pour croiser son regard.


— C’est notre avenir, Marrakhan. Nous avons besoin d’une lignée forte. Plus nous sommes nombreux, plus nous avons de chances de survivre.


Il resta silencieux un instant, puis hocha la tête lentement.


— Ouais… Je comprends.


J’observais le comportement du jeune dragon, bien que la croissance de son corps fût rapide grâce aux essences absorbées, son mental lui était encore celui d’un jeune dragonnet. Une question émergea dans mes pensées : tous les êtres de ce monde grandissaient-elles uniquement en tuant d’autres êtres-vivant ou est-ce que l’environnement permettait-il une croissance par le temps qui passe.