Genèse Divine

Chapitre 29 : Planification de la Guerre

27/04/2026 6 lectures

De retour dans le nid, je sentais encore le poids de ma découverte dans chaque fibre de mon être. La vision du Drakon noir et du petit blotti entre ses pattes hantait mes pensées. Cette image, mélange de puissance et de menace, me confirmait que nous marchions sur un fil ténu entre survie et destruction. J’avais à peine franchi l’entrée de la caverne que Marrakhan, allongé près du bassin magmatique, leva la tête à mon approche. Ses yeux dorés, marqués par une lueur inquiète, se fixèrent sur moi.


— Enfin, tu es revenu, grogna-t-il, sa voix rocailleuse résonnant dans la caverne. Qu’est-ce que tu as trouvé, Père ?


Je pris une profonde inspiration, m’approchant pour m’asseoir près de lui. Ses blessures semblaient se refermer lentement, mais l’œil voilé était un rappel des dangers auxquels nous faisions face.


— Des réponses, mais aussi de nouvelles questions, dis-je finalement. Les galeries que j’ai explorées m’ont mené au lac noir. Et au-delà… au-delà, j’ai trouvé la caverne du Drakon noir.


Le grognement sourd qui monta de la gorge de Marrakhan vibra jusque dans mes propres entrailles.


— Le Drakon noir ? Et il était là ?


— Oui. Il dormait, avec un petit blotti entre ses pattes.


Je marquai une pause, observant la réaction de Marrakhan. Ses griffes raclaient lentement la roche, et son souffle s’accéléra.


— Alors, on ne peut pas rester ici à attendre, dit-il d’un ton abrupt. Ce Drakon est une menace. Et s’il décide de nous attaquer ?


— Je le sais, Marrakhan, répondis-je calmement. Mais pour l’instant, il ne semble pas s’intéresser à notre territoire. Ce sont les wyvernes qui posent un problème immédiat. Tant qu’elles seront là, nous serons constamment exposés.


Marrakhan grogna à nouveau, ses ailes repliées frémissant légèrement.


— Les wyvernes, grogna-t-il. Ces bêtes sont déjà assez dangereuses. Et maintenant, le Drakon noir ? Pourquoi attendre ? Allons leur montrer de quoi nous sommes capables.


Je relevai légèrement la tête, plantant mon regard dans le sien. Ses mots étaient empreints de bravoure, mais aussi d’une certaine témérité juvénile.


— Parce que nous ne sommes pas prêts, dis-je fermement. Ton œil n’a pas encore guéri, et je ne te laisserai pas te battre dans cet état. Nous devons être stratégiques. Si nous fonçons tête baissée, nous serons perdus.


— Et alors ? rétorqua Marrakhan avec un mélange de frustration et de défi. Nous sommes des dragons, pas des proies. Pourquoi ne pas les attaquer maintenant, pendant qu’ils baissent leur garde ?


Je laissai échapper un faible rugissement, plus pour affirmer ma position que pour exprimer une quelconque colère.


— Parce que notre force ne réside pas seulement dans notre puissance brute, Marrakhan, mais dans notre capacité à anticiper et à frapper au bon moment. Nous allons piéger les wyvernes, les affaiblir avant de les affronter directement.


Marrakhan sembla réfléchir un instant, ses griffes tapotant le sol avec une impatience perceptible.


— Et que veux-tu que je fasse pendant ce temps ? demanda-t-il, son ton trahissant une pointe de défi. Rester ici à attendre que tu fasses tout le travail ?


Je m’approchai de lui, posant une patte sur son épaule écailleuse. À travers notre lien mental, je projetai une image de l’œuf rouge, vibrant doucement dans son bassin de lave.


— Ton rôle est tout aussi important, Marrakhan, dis-je doucement. Tu veilleras sur ton futur frère ou sœur. Tu apprendras à le guider, à lui enseigner ce que je t’ai appris.


Il tourna lentement la tête vers la salle de nidification, où l’œuf reposait. Sa respiration s’apaisa légèrement, et il resta silencieux un moment.


— Alors, cet œuf… il va éclore bientôt ? murmura-t-il, sa voix perdant un peu de sa rugosité.


— Oui, répondis-je. Dans quatre jours, si tout se passe bien. Il représentera l’avenir de notre lignée, tout comme toi. Mais il sera différent, unique. Et toi, tu seras un exemple pour lui.


Un mélange de fierté et de responsabilité passa dans son regard. Il redressa légèrement la tête, ses griffes cessant de racler le sol.


— Je veillerai sur lui. Il sera fort, comme nous. Mais… que faisons-nous des wyvernes en attendant ?


Je laissai échapper un léger rugissement de satisfaction. Marrakhan avait encore beaucoup à apprendre, mais sa maturité commençait à se manifester.


— Nous allons préparer des pièges, répondis-je. J’ai trouvé des cristaux explosifs dans les galeries proches de leur tanière. Avec ta force et ma télékinésie, nous pourrons les placer stratégiquement pour les affaiblir avant l’affrontement.


Marrakhan grogna, un sourire carnassier étirant ses babines.


— Enfin un plan que j’aime. Dis-moi où creuser, et je m’en occupe.


Je projetai une image mentale des galeries que j’avais explorées, mettant en évidence les points stratégiques où les pièges pourraient être installés. Le dragon trapu hocha la tête, ses ailes frémissant légèrement d’excitation.


— D’accord, Père. Mais promets-moi une chose : quand ce sera le moment, je serai là à tes côtés.


Je le regardai dans les yeux, sentant à travers notre lien son besoin de prouver sa valeur.


— Tu seras là, Marrakhan. Et ensemble, nous assurerons l’avenir de notre lignée.


Il grogna doucement, un signe de satisfaction, et se coucha à nouveau près du bassin magmatique. Je restai debout un moment, observant mon fils et l’œuf rouge qui pulsait doucement dans la salle voisine. L’avenir était incertain, mais une chose était claire : nous étions prêts à tout pour protéger ce nid et bâtir une lignée qui dominerait ces galeries.

Les heures s’écoulaient avec une lourdeur pesante, rythmées par les préparatifs méticuleux que Marrakhan et moi menions dans notre repaire. Chaque pierre déplacée, chaque ressource empilée, chaque piège préparé n’étaient que les prémices d’un affrontement pour le contrôle des cavernes. La menace des wyvernes grandissait dans mon esprit, et je savais que nous n’aurions aucune seconde chance si nous échouions à sécuriser notre territoire.


Dès que le jeune dragon et moi nous étions mis d’accord sur notre stratégie, nous nous étions attelés à la tâche.


Ma priorité était d’utiliser les cristaux explosifs trouvés dans les galeries. J’avais déjà repéré des points stratégiques dans les tunnels menant au nid des wyvernes. Ces cristaux, bien qu’instables, pouvaient être manipulés avec précaution grâce à ma télékinésie. J’avais l’intention de les placer dans des zones où nous pourrions provoquer un effondrement contrôlé, isolant ainsi les jeunes wyvernes et nous permettant d’affronter la grande wyverne sans interférence.


Marrakhan, malgré son impatience visible, accepta d’endosser une partie du travail plus défensif. Il empilait des rochers massifs aux points d’étranglement des tunnels, bloquant certaines entrées pour nous assurer une position défensive forte en cas de repli. Chaque fois qu’il déplaçait un bloc de pierre, ses muscles massifs roulaient sous ses écailles, et je voyais en lui un dragon prêt à combattre, plus fort encore que je ne l’avais imaginé.


Pendant que je plaçais les cristaux, lui s’occupait de stocker de la nourriture et d’aménager des zones de repos pour nous permettre de récupérer entre chaque phase de combat. Je savais que la bataille ne se jouerait pas en quelques instants ; il nous fallait anticiper et nous préparer à un affrontement prolongé si nécessaire.


Entre chaque session de préparation, nous nous relayions pour surveiller l’œuf. Son éclat rouge s’était intensifié au fil des heures, virant à des teintes cramoisies plus profondes, comme si la chaleur accumulée dans la salle de nidification nourrissait la vie qui sommeillait en lui.


Marrakhan, malgré son tempérament fougueux, se montrait étonnamment attentif. Il se couchait parfois autour de l’œuf, son corps massif l’enveloppant d’une chaleur supplémentaire. Je sentais à travers notre lien qu’il commençait à ressentir une connexion avec cet être encore endormi. Il n’était pas juste le fils du premier dragon, il était le futur grand frère d’un être qui dépendrait de lui.


— Il est… chaud.


Marrakhan brisa le silence après une longue période d’observation. Il passa délicatement une griffe sur la surface lisse de l’œuf.


— C’est normal. Il se prépare à éclore, répondis-je, mon regard fixé sur les pulsations lumineuses qui parcouraient la coquille.


— Il va être fort, comme nous ? demanda-t-il avec un mélange de curiosité et d’inquiétude.


Je laissai échapper un grondement doux, une forme de rire chez les dragons.


— Il sera différent. Peut-être plus fort, peut-être plus agile. Mais ce qui comptera, c’est comment nous l’élèverons.


Marrakhan hocha lentement la tête, ses yeux dorés plongés dans la contemplation de son futur frère ou sœur.


— Je vais l’entraîner.


Ses mots n’étaient pas une simple déclaration ; ils portaient en eux une promesse. Une promesse de protection, d’apprentissage. J’étais fier de lui.


Alors que nous nous relayions pour fortifier nos positions et veiller sur l’œuf, une notification apparut dans mon esprit :


Incubation de l’œuf : 80 % Temps restant estimé avant éclosion : 48 heures. État de l’embryon : Stable.


Un frisson parcourut mon échine. Deux jours. Deux jours avant qu’une nouvelle vie ne naisse, vulnérable, fragile, et dépendante de moi. Deux jours avant que notre lignée ne s’agrandisse, avant que la bataille contre les wyvernes n’éclate.


L’urgence de la situation me frappa de plein fouet. Nous n’avions plus le luxe de perdre du temps.


Je projetai une image mentale à Marrakhan pour lui signaler l’accélération de la gestation. Il grogna en réponse et, sans un mot, se mit à pousser un immense rocher vers un passage que nous avions identifié comme vulnérable. Je le rejoignis et l’aidai à le caler, bloquant définitivement l’accès à ce tunnel.


— On va devoir finir tout ça avant que l’œuf n’éclose, soufflai-je.


Marrakhan acquiesça.


— On y arrivera. On doit y arriver.


Alors que la nuit s’installait dans la caverne, je pris un moment pour observer l’œuf. Il semblait rayonner d’une lumière propre, comme s’il produisait désormais sa propre chaleur. La pierre du nid autour de lui était tiède, et l’air ambiant vibrait légèrement sous son énergie.


Je posai doucement ma patte contre sa coquille. Une pulsation lente et rythmée me répondit, comme un battement de cœur.


— Bientôt, murmurai-je.


Derrière moi, Marrakhan s’installa dans une position de repos, son œil unique toujours rivé sur l’œuf.


— On sera prêts, dit-il simplement.


Je décidai justement d’effectuer une dernière ronde dans les tunnels de notre territoire lorsque j’entendis un bruit de griffes à proximité. Je me trouvais à environ trente minutes de mon nid. Je pris la décision de partir enquêter sur ce bruit, j’arrivais à proximité d’une caverne plus large abritant un petit bassin de lave. Là je fus surpris par la vision qui s’imposa à mes yeux.