Genèse Divine

Chapitre 2 : L'Éveil du Dragon

26/12/2025 9 lectures

Lorsque mes yeux s’ouvrirent de nouveau, ils captèrent la lueur tamisée du cristal orangé au-dessus de moi, qui scintillait dans le plafond de la grotte. J’avais réussi à l’aide de mes griffes à dégager le passage. J’avais décidé d’installer mon nid dans ma grotte natale, elle était d’une dimension acceptable, même si je devenais dix fois plus grand, je pourrais encore me déplacer, le seul problème était la dimension des deux accès à cette dernière, je pouvais aisément me déplacer dans l’un d’eux mais le deuxième était assez réduit, si je grandissais, ne serais ce que de trois fois ma taille actuelle, il deviendrait inutilisable. J’avais pris le temps de récupérer mon endurance en me reposant pour être efficace en jeu.


Je me redressai, engourdi, le corps alourdi par la faim mais vif d’une énergie nouvelle. Ma peau écailleuse, encore souple à certains endroits, m’enveloppait comme une armure en formation. Mes griffes, que j’observais encore fasciner, étaient tranchantes mais encore fragiles, comme celles d’un prédateur en devenir. Je sentais le pouvoir latent qui sommeillait en moi, mais aussi la vulnérabilité d'un jeune être confronté pour la première fois à un monde hostile.

La caverne était silencieuse, hormis les échos lointains d’autres créatures et le bruit irrégulier des gouttes d’eau qui glissaient le long des parois sombres. Ma première rencontre avec une proie m’avait laissé un souvenir amer, le goût infect de sa chair encore présent sur ma langue, mais aussi la satisfaction d’avoir survécu. Désormais, je devais me préparer à affronter de nouveaux défis et à grandir dans ce corps de dragonnet.


Évolution par l’absorption. Ces mots résonnaient encore dans mon esprit comme une incantation. J’avais besoin de ces « essences vitales » pour progresser, pour renforcer mon corps et me rapprocher de l’entité divine que je voulais devenir. Pour l’instant, je n’avais aucune idée du nombre créatures dont je devrais me repaitre pour devenir un dieu. Je devais commencer par avancer vers le chemin de l’évolution, une chose était certaine : ma survie dépendrait de ma capacité à dominer ce monde.

Ayant décidé de faire des lieux mon nid, je commençais à l’aide de mes griffes à marquer mon territoire et à aménager un bassin suffisamment grand pour que je puisse m’y baigner et récupérer l’eau nécessaire à mon hydratation. Bien que mes serres soient encore un peu fragiles, elles étaient capables de creuser la terre mélangeait aux roches présente sur le sol de la caverne. Après plusieurs heures de travail sur le bassin et sur quelques rigoles captant les minces filets d’eau ruisselant sur les parois, je finis par avoir une réserve d’eau viable. Finissant ma tâche, je me décidais à partir en chasse.

Les couloirs de la grotte s’enfonçaient dans des profondeurs inexplorées, et une aura mystérieuse émanait de ses recoins ombragés. Avançant prudemment, mes sens en alerte, je ressentis des vibrations ténues sous mes pattes. Quelque chose de plus grand, de plus menaçant, se mouvait quelque part dans ce dédale de couloir. Était-ce un prédateur, ou une autre créature tentant de survivre comme moi ?


Le cristal orangé diffusait une lumière douce qui contrastait avec l’obscurité ambiante. La lueur me permettait de reconnaître mon nid. Je pouvais distinguer des passages étroits menant vers des cavernes secondaires. L’un d’eux semblait exhaler une odeur douceâtre, presque sucrée, mais légèrement âcre. Intrigué, je m’y engageai, mes pattes glissant sur le sol humide, et m’avançai dans ce couloir sombre et sinueux.

Bientôt, un léger froissement attira mon attention. Instinctivement, je me plaquai au sol, mes griffes enfoncées dans la terre meuble. Mes yeux perçurent le mouvement rapide d’un animal fuyant mon approche. Il était petit, presque insignifiant, mais je savais que chaque rencontre comptait pour ma survie et mon ascension.


Sans hésiter, je bondis, mes mâchoires se refermant autour de la créature. L’adrénaline pulsa dans mes veines alors que je sentais son essence vitale glisser en moi, ajoutant une once de puissance à mon corps encore en croissance. Une notification mentale apparut brièvement, m’informant de l’évolution de mes capacités. Le processus était lent, mais il semblait que chaque victoire, aussi petite soit-elle, contribuait à mon ascension. La proie était un rongeur à la fourrure brune tigrée de noir avec de longue dent, néanmoins, elles ne semblaient pas conçues pour la viande mais pour couper les végétaux. J’explorais les alentours, ne repérant pas de menace immédiate, je tirais le corps dans un coin de la grotte pour être en sécurité pendant que je mangeais la proie. La chair avait meilleure goût que celle de la chauve-souris. Je repérais des plantes à proximité de mon repas. Je décidais d’essayer de les consommer, les plantes étant des êtres vivants, peut-être qu’elles pouvaient me donner des essences vitales pour progresser. Après avoir consommé l’entièreté de la plante et étant même aller jusqu’à déterrer sa racine, je reçus la notification que j’avais acquis une essence vitale. Mon corps semblait capable d’absorber les nutriments des végétaux mais cela nécessitait beaucoup de travail pour absorber une seule essence. Je partis donc en chasse d’autres êtres vivants pour progresser dans ma voie draconique.


À mesure que j’avançais dans les profondeurs de la grotte, mon regard se fit plus vif, plus attentif aux moindres variations de lumière et de son. Mes instincts se raffinaient, et l’euphorie de chaque essence absorbée éveillait en moi une soif nouvelle, un appétit non seulement pour la chair, mais aussi pour les secrets cachés de ce monde souterrain.

La caverne s’élargissait par endroits en salles d’une envergure que je n’avais jamais imaginée, décorées de colonnes naturelles et de filons lumineux de cristal incrustés dans les parois. Je croisais plusieurs animaux créant une faune et une flore variée dans les différentes cavernes. Je n’avais néanmoins pas encore vu la sortie de ce dédale de grotte, ni le moindre rayon de lumière. Aucune des espèces que j’avais chassé ne semblait avoir un comportement un tant soit peu humain qui pourrait laisser penser qu’il s’agissait d’un joueur incarnant une espèce à la poursuite de la divinité. J’avais voyagé à plus de trois heures de mon nid et je n’avais toujours pas croisé de concurrent. Je semblais être le prédateur sur ce territoire, quelques autres carnivores avait essayé de me défier, un serpent et une salamandre mais un simple regard de ma part les avaient fait fuir, je me sentais à la fois chez moi et étranger dans ses grottes.


Soudain, un écho lointain brisa le silence, un cri, grave et déchirant, qui fit trembler l’air autour de moi. Mes écailles se hérissèrent d’un mélange d’excitation et de crainte. Je n’étais pas le seul à essayait de prendre le contrôle de ce territoire, mais la nature de cette créature demeurait un mystère. Était-elle une menace ? Un allié potentiel, ou un simple obstacle sur ma route ?

Je m’approchai prudemment, mon souffle léger, mon cœur battant d’une énergie vive, tel un prédateur à l’affut des moindres variations dans son environnement. Mes écailles sombre aux reflets magenta me permettaient de me fondre sur la roche grisâtre des cavernes. Plus je m’enfonçais dans la grotte, plus je percevais les effluves d’une odeur indéfinissable, âcre, métallique, chargée de fer et d’humidité. La grotte dégageait une atmosphère de danger, mais également une promesse de puissance, de quelque chose que je devais absolument atteindre.


Au détour d’un passage étroit, je découvris un spectacle étrange : une mare de liquide noirâtre s’étendait au centre d’une salle aux dimensions colossales. Ce n’était pas de l’eau, ni de la roche fondue, il s’agissait d’une essence d’origine inconnue, une substance que je sentais à la fois vivante et inerte. En m’approchant, une sensation presque hypnotique m’envahit. Mon esprit se brouillait, des images fugaces apparaissaient, des visions de créatures monstrueuses, de batailles anciennes, de dragons à la puissance démesurée s’entre-déchirant pour dominer cette matière noire.


Les gouttes de cette essence semblaient attirer mes sens. J’avais appris à reconnaître la sensation d’essences vitales, et celle-ci m’appelait de manière irrésistible. Était-elle liée à mon évolution ? Ce fluide sombre recelait-il des secrets draconiques, ou était-ce un piège destiné à engloutir tout être vivant imprudent ?

Je plongeai l’une de mes griffes dans le liquide, cette dernière se retrouva collée à la masse, j’essayais de la retirer mais en vain, je ressenti une traction qui essayait de m’attirer dans les eaux sombres. J’essayais de combattre la traction mais mes pattes frottaient le sol sans réussir à avoir la force de sauver ma griffe. Sentant que je n’avais pas de moyens de m’en sortir je décidai d’utiliser mon autre patte pour trancher la griffe prise au piège. Libéré, je reculai de la masse sombre qui avala ma griffe perdue dans un pop retentissant, comme si la masse était insatisfaite de ne pas avoir eu l’entièreté de mon corps. Un gargouillis se forma à la surface du bassin, alors que je léchais ma patte blessée en gardant un œil sur le phénomène, une masse sembla apparaitre de la substance noirâtre. Elle ne semblait pas attirée comme moi précédemment mais repoussé, comme s’il était expulsé et venait à la vie. La forme de vie rejoignit le bord de la mare. Je me mis immédiatement sur mes gardes. La bête s’ébroua, chassant les vestiges de la matière visqueuse. Lorsqu’elle releva la tête, je croisai son regard rouge, je tressaillis. J’avais en face de moi mon portrait craché. Un dragonnet aux écailles sombres, la seule différence était la couleur de nos yeux. La bête feula dans ma direction avant de fuir du lac dans une galerie latérale. Je fus profondément choqué par cette rencontre. Je fuis à mon tour la zone, cherchant à comprendre ce qu’il venait de se passer. Avant même d’avoir rencontré un autre joueur, j’avais perdu l’une de mes griffes et semblait avoir créé une version folle de moi-même.

Le chemin de retour se déroula comme dans un songe, il me semblait voir la bête à chaque croisement, je sursautais à chaque bruit, roulement de pierre ou écho en provenance d’une galerie adjacente. Je revins finalement dans ma caverne personnel, bu à grande lampées avant que mon cœur ne s’apaise. Mes paupières commencèrent à tomber malgré ma volonté de rester éveillé. Je me rendis compte que mon endurance n’était pourtant complètement épuisée, néanmoins mon avatar se roula en boule contre un mur de la caverne et fermi les yeux. Les mots suivants s’affichèrent :


« L’âme du candidat doit maintenant quitter le corps de son incarnation sinon ce dernier sera détruit face à la puissance de cette dernière, vous pourrez reprendre votre progression vers la divinité lorsque le temps de repos sera écoulé. » 


Mes yeux s’ouvrirent face au plafond de ma chambre, je poussai un profond soupir mêlé de dépit d’avoir dû quitter le jeu et de soulagement de revenir à mon corps humain. Après avoir laissé quelques instants à mes sens pour me réhabituer à un corps bipède je me dirigeai vers le livret d’informations du jeu. Après avoir survolés les consignes de sécurité que j’avais précédemment lu avant de lancer le jeu j’arriva à une partie FAQ sur les premiers instants du jeu qui expliquai que les serveurs du jeu n’était ouvert aux joueurs que de 20h à 8h afin que les joueurs reviennent une fois par jour dans la vie réel et évité les accidents où un joueur perdrait la notion de la réalité et finirait par mourir dans la vie réelle en oubliant de se déconnecter. Le jeu étant tellement immersif, que les développeurs avaient constatés le développement de situations de dépendance au jeu parmi les bêta-testeurs, la société avait donc mis en place cette sécurité dans le jeu. Également, puisque tous les joueurs étaient dans l’obligations de se connecter au même moment cela favorisait les rencontres et encourageait la vie en dehors du jeu. Les décalages horaires apportaient une limitation sur les joueurs pouvant rejoindre le serveur, ce qui faisait que seuls les joueurs des mêmes zones pouvaient jouer ensemble, ce qui selon la firme permettait le rapprochement des joueurs entre eux. Je m’étais fait la réflexion que je ne pouvais pas consulter l’heure depuis le jeu et j’avais même perdu la notion du temps. Cette forme de réveil automatique me permettait de me réveiller à l’heure pour pouvoir me rendre à l’université et de continuer ma formation. Je fus légèrement soulagé que le jeu ait inclus ce genre de mécanisme, j’avais un soucis dépendance et ce jeu aurait pu complètement m’écarter de toute vie sociale. Je me souvins de la promesse que j’avais faites à mon père lorsqu’il m’avait acheté mon casque VR, aucune distraction ne devait perturber mes études, si cela arrivait, il me retirerait directement la source. Bien qu’ayant déjà vingt ans, je vivais chez mes parents, étant seulement en deuxième années à l’université de gestion. Je faisais face à la fameuse règle : « mon toit, mes règles ».


Je rangeais les documents en rapport avec le jeu et parti directement prendre ma douche, je fus impressionné par la fraicheur de mon esprit et de mon corps après une nuit entière dans le jeu. Je me souvenais de tout ce qui s’était passé comme au travers d’un rêve, qui heureusement ne semblait pas complètement m’échapper. C’est sur ce sentiment que je parti étudier, certain qu’aujourd’hui allait être une excellente journée.