Chapitre 17 : L'Éveil du souffle magmatique
Le combat atteignait son paroxysme. Le Serpent cristallin, immense avec ses dix mètres de long, se mouvait avec une fluidité inquiétante, ses écailles miroitant sous la lumière vacillante des cristaux. Ses assauts étaient précis et dévastateurs, et je peinais à suivre son rythme. Chaque mouvement de sa queue puissante brisait la roche environnante, envoyant des éclats tranchants dans toutes les directions. Je ripostai avec tout ce que j’avais, utilisant ma télékinésie pour projeter des rochers sur son corps scintillant. Mais la créature semblait presque insensible, ses écailles réfléchissant la chaleur de mes flammes et absorbant les impacts sans effort apparent. Puis, dans un mouvement éclatant de vitesse, elle projeta une salve d’éclats cristallins. L’un d’eux trouva sa cible, tranchant profondément mon flanc gauche. Une douleur vive traversa mon corps, et je laissai échapper un rugissement de frustration et de souffrance.
Derrière moi, mon jeune compagnon luttait lui aussi. Marrakhan, mon héritier, faisait face à une version plus petite du serpent, sans doute sa progéniture. Le dragonnet brun, bien qu’intrépide, montrait des signes d’épuisement. Ses griffes raclaient désespérément le sol alors qu’il tentait de garder l’équilibre face aux assauts sournois de son adversaire. Je sentais sa détresse à travers notre lien mental, mêlée d’un courage farouche. Mon propre combat me tirait brutalement de mes pensées. Le Serpent cristallin adulte chargea à nouveau, sa gueule béante prête à m’engloutir. Je roulai sur le côté, évitant de justesse son attaque, mais ma blessure m’handicapait. Une fois debout, je rassemblai mes forces pour lancer un souffle de flammes concentré sur son visage. L’attaque força la créature à reculer, mais elle semblait toujours aussi implacable.
Voyant ma faiblesse, le serpent redoubla d’agressivité. Il utilisa sa queue comme un fouet, m’envoyant valser contre une paroi rocheuse. Mon corps entier protestait contre l’effort, mais je ne pouvais pas m’arrêter. Pas maintenant. Pas tant que Marrakhan était encore en danger. Je jetai un coup d’œil rapide vers lui. Mon protégé, se débattait avec acharnement. Ses mouvements étaient imprécis, trahissant sa fatigue, mais il refusait d’abandonner. Je projetai une image mentale pour l’encourager : puise dans ta force, trouve une opportunité.
Alors que je revenais à mon propre combat, une énergie nouvelle émanait de mon héritier. Le petit dragon sembla soudain changé. Son corps trembla légèrement, et une lueur rougeoyante apparut dans sa gorge. Ses instincts, enfouis jusque-là, se manifestaient enfin. Avec un cri qui résonna dans toute la caverne, Marrakhan libéra un souffle de magma incandescente.
La vague brûlante frappa directement son adversaire, enveloppant la créature dans une chaleur dévastatrice. Le petit serpent hurla, ses écailles se fissurant sous l’intensité du magma, avant de s’effondrer dans un dernier spasme. Mon jeune allié, haletant et vacillant, regardait son ennemi vaincu avec une lueur de triomphe dans ses yeux dorés. Le Serpent cristallin adulte remarqua l’explosion de magma, détournant son attention vers Marrakhan. Mon cœur se serra de panique, mais cette diversion me donna une chance inespérée. Ignorant la douleur, je me redressai et rassemblai mes forces pour une ultime offensive.
Je mobilisai ma télékinésie pour suspendre plusieurs stalactites au-dessus du serpent. Puis, avec un dernier rugissement, je lançai un souffle de flammes sur son visage, le forçant à reculer. C’était l’ouverture que j’attendais. Relâchant ma prise, les stalactites s’écrasèrent sur lui avec un fracas assourdissant. L’une d’elles transperça son articulation centrale, clouant la bête au sol. Elle siffla une dernière fois avant de s’effondrer, vaincue. Un silence lourd tomba sur la caverne, brisé seulement par le crépitement des cristaux brisés. Mon jeune héritier, s’approcha lentement, l’air un peu hagard, je sentis à travers notre lien son besoin de validation. Il avait découvert en lui une puissance insoupçonnée, mais il cherchait encore mon approbation. Je projetai une image emplie de fierté, accompagnée d’un léger grognement d’encouragement. Il s’affaissa près de moi, tandis qu’une série de notifications apparut devant mes yeux :
Les éclats du serpent brisé scintillaient faiblement dans la lumière des cristaux. Ces fragments semblaient dégager une énergie brute et mystique. Je m’approchai du corps effondré et commençai à le consommer, absorbant cette source précieuse de puissance. Marrakhan, suivant mon exemple, entama son propre festin sur les restes de son adversaire. Chaque bouchée semblait renforcer son petit corps, et je pouvais sentir sa vitalité grandir. Une nouvelle notification apparut :
"Vous avez vaincu un Serpent cristallin adulte. Essences vitales acquises : +15."
"Votre descendant a débloqué une nouvelle capacité : Souffle magmatique. Le descendant est déjà prêt à évoluer vers le stade adolescent, les essences vitales sont utilisées pour développer son potentiel. "
"Votre progression a atteint le seuil nécessaire pour une évolution. Activez votre évolution pour débloquer le stade adulte."
Alors que Marrakhan terminait son repas, je m’allongeai lourdement, laissant la chaleur de la caverne apaiser mes muscles fatigués. Le petit dragon brun se coucha à mes côtés, ses paupières lourdes de fatigue. Son souffle, encore irrégulier, montrait qu’il avait poussé son corps au-delà de ses limites. Pourtant, à travers notre lien, je ressentais une chose claire : il était fier. Fier d’avoir découvert sa nouvelle puissance. Fier d’avoir contribué à notre survie. Je laissai mes pensées dériver un instant, contemplant la notification persistante dans mon champ de vision. Le stade adulte était enfin à portée. Mais cette évolution impliquait des changements majeurs. Je projetai une image mentale à Marrakhan, lui montrant la force et la protection que cette transformation nous apporterait. Il répondit par un faible grognement, ses yeux dorés brillant d’une confiance renouvelée.
Mes yeux se fermaient alors qu’une puissante vague de fatigue recouvrait mon corps allant jusqu’au plus profond de mes entrailles et parcourant la moindre écaille de ma cuirasse.
Le système renvoya ma conscience vers mon corps réel et mon esprit pris quelques instants pour reprendre la conscience de mon corps bipède. Je retirai mon casque VR, mes mains légèrement tremblantes. Le souvenir du combat acharné contre le serpent cristallin résonnait encore dans mon esprit, chaque mouvement et chaque coup gravé dans ma mémoire. Marrakhan, avait révélé un pouvoir inattendu, un souffle magmatique d’une puissance impressionnante. Mais dans ce monde réel, ce n’était qu’un souvenir numérique, aussi fascinant qu’il soit.
Je pris quelques instants pour respirer profondément, essayant de calmer les palpitations de mon cœur. Le passage de l’intensité du jeu à la réalité avait toujours un effet étrange sur moi. À côté du casque, un bout de papier m’attendait, posé sur mon bureau. Les mots griffonnés dessus me tirèrent un sourire : une liste d’instructions de mon père.
Mon père avait laissé des instructions claires. "Taille les haies, arrache les mauvaises herbes près des plates-bandes, et n’oublie pas d’arroser les rosiers avant la fin de l’après-midi." Je rassemblai ma volonté pour affronter cette tâche terrestre. Après tout, même un potentiel maître des dragons devait s’occuper des corvées du quotidien.
Je sortis dans le jardin, les outils en main. L’air était frais, la brise d’automne portant avec elle une odeur de terre humide, je profitais des derniers moments de cette saison que j’appréciais particulièrement avant les premiers frimas. Les buissons, avec leurs formes irrégulières, semblaient me défier. Alors que je m’attaquais aux haies, je ne pouvais m’empêcher de réfléchir aux parallèles entre ce travail minutieux et mon rôle dans le jeu. Tailler, ajuster, sculpter… tout cela demandait patience et précision. De la même manière, développer Marrakhan et sécuriser notre lignée exigeait une attention constante. En tirant les mauvaises herbes près des plates-bandes, mon esprit vagabonda vers les différents dragons que j’avais rencontrés dans mes recherches. Le souffle magmatique par exemple, semblait unique, mais il devait bien y avoir des précédents. Je me promis de me plonger dans les créatures légendaires dès que j’en aurais l’occasion. Après avoir arrosé les rosiers et jeté un dernier coup d’œil satisfait au jardin, je retournai à l’intérieur. Mon père serait content, et cela me laissait le temps de me concentrer sur autre chose.
Avant de partir pour mes cours, je pris mon ordinateur portable et commençai à fouiller des articles, des forums spécialisés, et même des vieux manuscrits numérisés sur les créatures fantastiques. Je concentrai mes recherches sur les dragons et leurs attributs.
Certains récits mentionnaient des dragons magmatiques, dotés d’un souffle capable de faire fondre la pierre. Ces dragons, bien que rares, semblaient liés aux environnements volcaniques, un point qui résonnait avec les territoires nous explorions actuellement. D’autres textes parlaient de dragons adaptatifs, capables de développer des capacités uniques en réponse à leur environnement ou aux défis qu’ils affrontaient. Marrakhan, avec son souffle magmatique, entrait peut-être dans cette catégorie.
Une phrase attira particulièrement mon attention : "Les jeunes dragons révèlent leur véritable potentiel dans des moments d’extrême danger, leur instinct primitif réveillant des capacités latentes." Cela expliquait peut-être pourquoi il avait éveillé son pouvoir lors du combat contre le serpent. Je pris des notes, les idées se bousculant dans ma tête. Plus j’en apprenais, plus j’étais convaincu que les capacités des dragonnets pourraient évoluer encore davantage si je savais comment les guider.
En arrivant à l’université, je retrouvai ma routine habituelle. La matinée était consacrée à une étude de cas en gestion. Le professeur, un homme aux cheveux grisonnants et aux lunettes cerclées de métal, à l’air stricte, nous expliqua que nous travaillerions sur un cas d’entreprise en plein développement. Notre objectif : analyser ses besoins en compétences et identifier les opportunités et menaces de son environnement économique.
Le cas en question portait sur une entreprise technologique qui cherchait à se diversifier. Cela impliquait non seulement de former ses collaborateurs, mais aussi de repérer les tendances du marché pour devancer ses concurrents. En écoutant les explications du professeur, je ne pus m’empêcher de tracer des parallèles avec ma propre situation dans le jeu. Ma "lignée" était comme cette entreprise : en pleine croissance, avec des besoins spécifiques en formation et en ressources.
Je notai mentalement quelques points clés. Investir dans les bonnes compétences, renforcer les bases avant de s’étendre, et toujours rester attentif aux menaces potentielles… Ces principes, applicables à une entreprise, l’étaient tout autant pour la gestion de Marrakhan et de mon territoire.
Quand l’heure du déjeuner arriva, je me rendis à la cafétéria, espérant retrouver Sophian ou Braham. Mais à ma surprise, ni l’un ni l’autre n’étaient disponibles. Après avoir envoyé un message au deux, je reçu une réponse de Sophian qui m’indiquait qu’il avait un rendez-vous galant, ce qui ne m’étonna guère, connaissant son charme naturel et Braham m’envoya qu’il été absent sans donner plus de détail.
Je pris un plateau et choisis un repas simple avant de m’installer à une table isolée. L’endroit était bruyant, rempli d’étudiants discutant de leurs cours ou de leurs projets. Pourtant, je me sentais étrangement seul. Mes pensées retournèrent au jeu et aux défis qui m’attendait.
C’est alors que je la vis. La jeune femme au pin dragon. Elle était accompagnée de plusieurs amies, leurs rires résonnant dans la cafétéria. Elle portait une écharpe rouge qui semblait être devenue sa signature, et ses cheveux bruns ondulaient légèrement sous la lumière artificielle. Elle tenait un plateau, mais semblait plus absorbée par une conversation animée avec ses amies qu’à son repas.
Je ne pouvais détourner mon regard. Il y avait quelque chose chez elle, une aura ou peut-être une familiarité que je ne parvenais pas à définir. Son rire léger me parvint, et mon cœur accéléra légèrement. C’était une sensation étrange, comme si une partie de moi voulait aller lui parler, mais une autre savait que ce n’était ni le lieu ni le moment.
Quand elle passa près de ma table, je baissai les yeux sur mon plateau, espérant qu’elle ne remarque pas mon regard insistant. Une fois qu’elle s’éloigna, je poussai un soupir, mi-amusé, mi-agacé par ma propre réaction de collégien. Cela faisait une éternité que je n’avais pas eu ce genre de comportement envers une jeune femme qui me plaisait. Après avoir terminé mon repas, je retournai à mes cours de l’après-midi, mais mon esprit restait distrait. Entre mes pensées sur le développement de ma famille, mes recherches sur les dragons, et cette étrange fascination pour la jeune femme, j’avais l’impression de jongler avec trop de choses à la fois.
Je me promis de rester concentré. Après tout, chaque étape dans le jeu comme dans la vie était cruciale pour atteindre mes objectifs. Il fallait simplement garder le cap.