Chapitre 15 : Une menace dans l’ombre
Une notification apparut soudain, interrompant mes pensées :
"Nouvel objectif : Établir un territoire. Explorez et sécurisez une zone pour votre lignée."
C’était un rappel brutal que notre caverne, bien qu’elle fût un refuge sûr, n’était pas suffisante pour garantir notre survie à long terme. Nous devions penser plus grand, bâtir un domaine qui pourrait non seulement nous abriter, mais aussi accueillir d’autres descendants et ressources. La caverne était enveloppée d’une tranquillité trompeuse, la lumière vacillante de la source de lave projetant des ombres dansantes sur les parois rocheuses. Marrakhan dormait paisiblement, ses petites ailes repliées sur son dos. Je laissai mes pensées vagabonder sur les prochaines étapes : explorer davantage les galeries, perfectionner nos compétences, et surtout sécuriser un territoire digne de notre lignée.
Mais cette réflexion fut brusquement interrompue par un bruit étrange. Un grondement sourd, suivi de grattements le long des parois extérieures de la caverne. Je me redressai instantanément, mes sens en alerte. Marrakhan, malgré son sommeil profond, sembla capter mon inquiétude et ouvrit lentement les yeux, émettant un faible grognement. Un cri perçant retentit soudain, brisant le silence. Le son provenait de l’extérieur, mais il se rapprochait rapidement. Avant même que je ne puisse analyser la situation, une créature se glissa à travers l’une des ouvertures de la caverne. Elle était de la taille d’un loup, son corps recouvert de fourrure noire hérissée et d’écailles sombres. Ses yeux rouges luisaient d’une malveillance évidente, et ses crocs dégoulinaient d’une bave épaisse.
Puis une autre créature apparut. Puis une troisième. Mon cœur se serra en réalisant qu’il ne s’agissait pas d’une attaque isolée. Un groupe de prédateurs avait localisé notre refuge. Les intrus avancèrent lentement, leurs grognements remplissant l’espace. Marrakhan, bien que terrifié, se plaça instinctivement derrière moi, émettant de faibles gémissements. Je projetai une image mentale rassurante, l’encourageant à rester calme et vigilant. Mais il était clair qu’il était encore trop jeune pour affronter une telle menace. Je laissai échapper un rugissement féroce, une tentative de dissuasion qui fit hésiter les créatures un instant. Mais leur faim et leur instinct prédateur étaient trop forts pour qu’elles battent en retraite. La première chargea, ses griffes acérées visant mon flanc. J’utilisai ma télékinésie pour projeter un rocher sur elle, la frappant de plein fouet. Elle roula sur le sol, blessée mais toujours vivante. Les autres profitèrent de l’ouverture pour attaquer simultanément. Une griffure traversa mon épaule, mais je ripostai avec un souffle de flammes, brûlant l’une des créatures et la forçant à reculer.
Marrakhan observait, pétrifié. Je pouvais sentir sa peur à travers notre lien mental, mais je savais qu’il devait rester en sécurité pour que je puisse me concentrer sur le combat. Alors que je me débattais contre deux des créatures, une troisième s’approcha dangereusement de Marrakhan. Je projetai une image mentale de danger, espérant qu’il réagirait. Il recula, mais la créature bondit, ses crocs prêts à mordre. À ma grande surprise, Marrakhan laissa échapper un cri strident, semblable à un rugissement miniature. Son "Instinct de chasse" se manifesta de manière inattendue : il esquiva l’attaque d’un bond rapide et, dans un mouvement maladroit mais déterminé, griffa le museau de l’assaillant. La créature recula, surprise par cette résistance inattendue. Encouragé par ce succès, Marrakhan tenta de mordre la créature, mais son manque de force l’empêcha de causer des dégâts significatifs. Je profitai de cette distraction pour intervenir, balayant la créature d’un coup de queue qui l’envoya s’écraser contre une paroi rocheuse.
Le groupe commençait à montrer des signes de faiblesse. Deux des créatures étaient gravement blessées, et une troisième semblait hésiter à continuer l’affrontement. Mais je ne pouvais pas relâcher ma vigilance. Les créatures restantes étaient toujours dangereuses, et je sentais mon énergie diminuer. Marrakhan, bien qu’épuisé par ses tentatives maladroites, semblait déterminé à aider. Je projetai une image mentale claire : rester en retrait et observer. Il hocha timidement la tête, se reculant légèrement tout en gardant un œil sur le combat.
Je me concentrai sur la dernière créature qui me faisait face. Elle bondit, mais cette fois, j’étais prêt. Avec une précision accrue, j’utilisai ma télékinésie pour immobiliser ses pattes avant de la frapper d’un jet de flammes. La créature hurla de douleur avant de s’effondrer, inerte.
Les deux autres, voyant leur compagnon abattu, prirent la fuite, leurs hurlements résonnant dans les galeries.
Un silence pesant retomba sur la caverne, interrompu seulement par le crépitement de la lave et le halètement de Marrakhan. Je m’approchai de lui, baissant la tête pour le rassurer. Il se frotta contre mon flanc, émettant un gémissement faible mais soulagé.
Une notification apparut devant mes yeux :
"Vous avez repoussé une attaque commandée. Essences vitales acquises : +8."
"Votre descendant a utilisé son Instinct de chasse dans une situation de combat. Progression vers le stade adolescent : +1 essence vitale "
Je regardai Marrakhan, impressionné par son courage, bien que maladroit. Cette épreuve, bien qu’effrayante, avait renforcé notre lien et lui avait offert une précieuse expérience. Après m’être assuré que Marrakhan était indemne, je m’attelai à renforcer les défenses de la caverne. Je déplaçai des rochers pour bloquer les entrées secondaires, utilisant ma télékinésie pour créer des barrières naturelles plus imposantes. Les pièges que j’avais désactivés pour l’éclosion furent réactivés, et j’ajoutai de nouveaux obstacles pour ralentir d’éventuels intrus.
Marrakhan, bien qu’épuisé, m’observait attentivement. Il semblait comprendre l’importance de ces préparations et tenta même de m’aider en déplaçant de petits cailloux avec ses pattes. Une fois les défenses consolidées, je m’allongeai près de lui, savourant le calme retrouvé. La journée avait été éprouvante, mais elle avait également marqué un tournant. Marrakhan avait prouvé qu’il possédait le potentiel de devenir un véritable dragon, et moi, je réalisai que j’étais prêt à tout pour protéger notre lignée.
Alors que la lumière de la source de lave faiblissait, une nouvelle notification apparut :
"Votre territoire est menacé. Explorez et sécurisez davantage de zones pour assurer la survie de votre lignée."
C’était un rappel brutal que cette attaque ne serait probablement pas la dernière. Ce monde était impitoyable, et si nous voulions prospérer, nous devions le conquérir.
Le calme retombé dans la caverne m’offrait un moment de répit, mais mon esprit restait en alerte. La notification persistante sur la nécessité de sécuriser un territoire plus vaste me hantait. Pourtant, après une journée aussi éprouvante, mon corps réel demandait un retour à la réalité.
Je retirai mon casque VR et me laissai tomber en arrière, respirant profondément. La sensation de mes muscles reposés contrastait avec l’énergie mentale que j’avais déployée dans le jeu. Après m’être rafraîchi, je quittai ma chambre, prêt à rejoindre Sophian et Braham pour une pause bien méritée. Nous n’avions pas cours ce jour-là, nous avions donc décidés de nous retrouver dans un café sur le thème d’une taverne médiévale.
Le petit café, niché au coin d’une ruelle animée, dégageait une chaleur réconfortante. Les éclats de rire et le murmure des conversations se mêlaient au bruit des machines à café. Alors que je franchissais la porte, mon regard fut attiré par une silhouette familière. La jeune femme au pin en forme de dragon. Elle était assise près de la fenêtre, absorbée par un livre. Son écharpe rouge vif, enroulée autour de son cou, tranchait avec la sobriété de son long manteau crème. Son visage, à moitié caché par une mèche de cheveux bruns, exprimait une intense concentration. Intrigué, je m’approchai légèrement pour apercevoir la couverture du livre. Un phénix flamboyant ornait la couverture, évoquant immédiatement des thèmes fantastiques. Je ressentis un étrange mélange d’excitation et de curiosité. Était-ce simplement une coïncidence, ou cette fascination pour les mythes et les créatures légendaires nous reliait-elle d’une manière ou d’une autre ?
Mais avant que je puisse m’attarder davantage, la voix de Braham me tira de mes pensées.
— Alors, le dragon ! Tu viens ou tu comptes rester planté là toute la journée ?
Je détournai les yeux de la jeune femme et rejoignis mes amis à une table un peu à l’écart. Braham sirotait déjà un café, tandis que Sophian feuilletait distraitement un magazine.
— Alors, des nouvelles de ton nid douillet ? demanda Braham avec un sourire moqueur.
— Plus douillet qu’avant, répondis-je en haussant les épaules. Mais on a eu une visite inattendue. Un groupe de prédateurs a trouvé ma caverne. Marrakhan a bien réagi, mais il est encore trop jeune pour vraiment me soutenir en combat.
— Intéressant, fit Sophian en reposant son magazine. Moi, j’ai un problème bien plus sérieux. Je suis en guerre ouverte avec Lucan. Ses orcs sont partout. Il a rasé les tribus voisines pour étendre son territoire, et maintenant il lorgne sur mes marais.
— Tes Mycorax ne peuvent pas tenir tête ? demandai-je.
— Pour l’instant, si, répondit Sophian en croisant les bras. Mais ça devient compliqué. J’ai réussi à sécuriser un territoire, mais mes frontières touchent les plaines désolées qu’il contrôle. Il utilise ses unités de bas niveau comme chair à canon pour affaiblir mes défenses.
Braham intervint, son ton plus grave qu’à l’accoutumée.
— Ce gars-là joue sale. Il va jusqu’à envoyer des escouades pour harceler des joueurs plus faibles. Mais toi, tu sais ce qui m’étonne ? Tu n’as croisé aucun autre joueur depuis le début. Deux mois, c’est long pour rester isolé.
Sa remarque me fit réfléchir. Bien que ma caverne soit située dans une région reculée, il semblait étrange que je n’aie rencontré aucun autre joueur. Était-ce une particularité de ma zone de départ ? Ou avais-je simplement eu de la chance ?
— Je me demande si c’est une mécanique du jeu, dis-je en haussant les épaules. Peut-être que le système m’a isolé pour me permettre de développer ma lignée en paix.
— Possible, répondit Braham. Mais ne compte pas trop là-dessus. Dès que quelqu’un te trouve, tu seras une cible. Moi, j’ai déjà établi un partenariat avec une faction de nains de fer. Ils utilisent la chaleur des volcans de mon territoire pour forger des armes. Grâce à eux, mes Pyraks sont équipés d’armures renforcées.
Je ne pus m’empêcher d’être impressionné. Braham avait clairement réussi à exploiter les ressources de son environnement pour se renforcer. De mon côté, j’avais seulement commencé à explorer les capacités de Marrakhan.
— Ça me donne une idée, dis-je après un moment. Vous pourriez essayer de trouver des indices sur ma localisation. Je vais vous décrire les créatures que j’ai rencontrées : les lézards bleus, les Scinques à queue argentée, et même ce Plésiosaure de lave. Peut-être que l’une de ces espèces correspond à une région que vous connaissez.
Sophian acquiesça.
— Bonne idée. Si on trouve des points communs avec nos zones ou avec celles d’autres joueurs qu’on connaît, on pourrait trianguler ta position.
— Parfait. Je veux commencer à chercher activement d’autres joueurs. Même si je dois me méfier, les alliances pourraient être cruciales pour sécuriser un territoire.
Sophian changea de sujet, son ton se faisant plus léger.
— Tu sais, mon Mycorax est déjà adulte. Il a débloqué une capacité de reproduction. Je peux produire des spores qui engendrent de nouvelles unités plus rapidement. Si je ne m’étais pas préparé à la guerre, j’aurais peut-être déjà conquis les marais voisins.
Braham sourit.
— Et moi, j’ai deux Pyraks alpha prêts à pondre. J’espère que tes dragons rattraperont vite leur retard, mon vieux. Sinon, tu seras dépassé avant même d’avoir vu un autre joueur.
Je leur lançai un regard amusé.
— Marrakhan est peut-être encore jeune, mais il apprend vite. Je parie qu’il vous surprendra bientôt.
Après avoir terminé nos cafés, nous nous séparâmes. Je profitais de mon temps libre pour effectuer des achats personnels dans une librairie, j’étais le seul jeune présent dans cette boutique, ma génération préférant internet et les outils IA pour effectuer des recherches. Je profitai de l’après-midi pour effectuer les commissions demandées par ma mère et de l’air de l’automne pour effectuer une balade dans le parc. Je rentrai chez moi, l’esprit plein de nouvelles idées. Avant de retourner dans le jeu, je décidai de faire une séance de sport pour évacuer le stress accumulé. Les exercices répétitifs me permettaient de me concentrer sur mes objectifs, tant dans le jeu que dans la réalité.
Une fois ma séance terminée, je pris mon carnet de bord et ajoutai quelques notes. Depuis la naissance de Marrakhan, j’avais pris l’habitude de consigner chaque événement marquant : ses premières leçons, nos combats, et même mes réflexions sur l’évolution de notre lignée. Ce rituel m’aidait à structurer mes pensées et à mesurer mes progrès. La formation d’un autre être vivant était particulièrement gratifiante mais nécessité une constante remise en question.
Lorsque je replaçai le casque VR sur ma tête, le monde familier de la caverne m’accueillit. Marrakhan, encore un peu groggy, s’approcha en poussant un petit cri. Il semblait heureux de me voir, une lueur d’excitation brillant dans ses yeux dorés.
La notification sur la nécessité de sécuriser un territoire était toujours présente, un rappel constant de l’urgence de notre situation. Mais avant de me lancer dans une nouvelle exploration, je pris un moment pour examiner les défenses que j’avais renforcées après l’attaque. Tout semblait en ordre, mais je savais que cela ne suffirait pas. Nous devions aller au-delà de cette caverne et affirmer notre domination sur un espace plus vaste.
Je projetai une image mentale à Marrakhan, lui montrant notre objectif : explorer, repousser les limites de notre territoire, et nous préparer à affronter de nouvelles menaces. Il répondit par un cri enthousiaste, prêt à relever le défi.
Nous sortîmes de la caverne, prêts à découvrir ce que ce monde avait encore à offrir.