Genèse Divine

Chapitre 19 : Le basilic des profondeurs

07/04/2026 4 lectures

Le rugissement rauque et profond résonnait à travers les galeries, chaque écho vibrant dans l’air lourd comme un avertissement. Le Basilic approchait, et son aura oppressive se faisait sentir même avant qu’il ne se montre. Je me tins prêt, mon corps tendu et mes sens en alerte. Marrakhan émit un faible grognement derrière moi, oscillant entre l’excitation et une peur instinctive. Je projetai une image mentale de calme et de confiance, l’encourageant à rester concentré.

À mes côtés, Kael’thar et ses deux créations éthérées—le golem opale et celui d’émeraude—se tenaient immobiles, prêts à frapper à la moindre apparition. La lumière des cristaux incrustés dans les parois était insuffisante pour percer l’obscurité oppressante des galeries, mais les veines luminescentes du corps de gemme géant et de ses alliés projetaient une étrange lueur dansante autour de nous.


— Tenez vos positions, murmura Kael’thar d’une voix basse mais autoritaire. Il approche.


Un grondement sourd, plus proche cette fois, se fit entendre. Puis, lentement, l’ombre massive du Basilic se dévoila. Il était bien plus imposant que ce à quoi je m’attendais : un corps serpentiforme d’une largeur effrayante, couvert d’écailles sombres parsemées de reflets verdâtres. Ses yeux flamboyants, d’un rouge incandescent, perçaient l’obscurité avec une intensité malveillante. Sa gueule, hérissée de crocs dégoulinants d’un venin luminescent, s’ouvrit dans un rugissement qui fit vibrer les parois.

Je me souvenais des informations que j’avais lues avant de revenir dans le jeu. Le regard du Basilic pouvait paralyser instantanément ou infliger des blessures mentales profondes. Je détournai donc les yeux et projetai une image mentale à Marrakhan, lui ordonnant de faire de même. Il hocha la tête, ses mouvements nerveux mais obéissants.

Kael’thar fut le premier à agir. Il utilisa son corps pour former une épée de cristal. Son épée scintilla d’une lumière vive lorsqu’il la brandit, et il chargea le Basilic avec une précision calculée. Les golems l’accompagnèrent, chacun prenant une direction différente pour tenter d’encercler la bête. Le Basilic, bien que massif, était étonnamment rapide. Il esquiva la première attaque de Kael’thar en pivotant sur lui-même, envoyant un jet de venin en direction du golem d’opale. La créature éthérée recula juste à temps, mais une partie de son bras se dissout sous l’acide corrosif.

Je pris ma position, ouvrant mes ailes imposantes pour attirer l’attention du Basilic. Mon souffle de feu n’était pas une attaque que je pouvais utiliser sans préparation, mais je concentrai ma puissance, sentant la chaleur se rassembler dans ma poitrine. Marrakhan, malgré sa petite taille, se plaça à mes côtés, son souffle magmatique déjà crépitant dans sa gorge.


— Maintenant ! rugis-je mentalement.


Je lançai un jet de flammes concentré en direction du Basilic, visant ses anneaux pour limiter ses mouvements. Marrakhan, dans un mouvement synchronisé, libéra son souffle magmatique, une vague incandescente qui s’écrasa sur le flanc de la bête. Le Basilic rugit de douleur, ses écailles crépitant sous l’impact des flammes et du magma. Cependant, loin de faiblir, il se redressa, balançant sa queue avec une force dévastatrice.

Le coup me frappa de plein fouet, m’envoyant heurter une paroi avec une violence qui me coupa le souffle. J’entendis Marrakhan crier derrière moi, mais il tenait bon. Je secouai ma tête pour reprendre mes esprits, projetant une image mentale pour rassurer mon héritier. Il fallait que nous gardions notre coordination.

Kael’thar profita de l’ouverture créée par notre attaque pour se glisser sous le Basilic, son épée décrivant un arc brillant qui trancha une partie de son ventre écailleux. Le Basilic hurla, son venin éclaboussant le sol autour de lui, dissolvant la roche en une fumée âcre. Les golems continuèrent leur assaut, utilisant leurs propres lames de cristal.


— Sa tête est la clé, grogna Kael’thar, sa voix résonnant à travers le chaos du combat. Nous devons neutraliser son regard et l’achever rapidement !


Je projetai cette information à Marrakhan, lui indiquant de viser les yeux du Basilic avec son souffle magmatique. Ce serait risqué, mais nous n’avions pas d’autre choix.

Le petit dragonnet hésita une fraction de seconde avant de bondir avec une détermination nouvelle. Il esquiva de justesse un coup de queue et, dans un élan audacieux, grimpa sur le dos du Basilic. Ses griffes s’enfoncèrent dans les écailles rugueuses, et il se hissa jusqu’à la tête massive de la bête. Là, il libéra son souffle magmatique directement sur l’un des yeux du Basilic.

La créature hurla, son corps se contorsionnant violemment sous l’effet de la douleur. Marrakhan fut projeté en arrière, atterrissant lourdement mais indemne. Le Basilic, désormais aveuglé d’un œil, vacillait, sa rage se transformant en un assaut désordonné. C’était notre chance.

Kael’thar et moi nous synchronisâmes sans un mot. Il attaqua par la gauche, attirant l’attention de la créature, tandis que je concentrai toute mon énergie dans un souffle de flammes dévastateur. La chaleur intense se déversa sur le Basilic, consumant son flanc exposé. Avec un dernier rugissement, je levai mon corps massif et m’écrasai sur lui, mes griffes transperçant son cou. La bête s’effondra enfin, son corps inerte s’écrasant lourdement sur le sol.


Le silence retomba dans les galeries, seulement troublé par nos respirations haletantes. Marrakhan boitait légèrement, mais il était vivant, et un éclat de fierté brillait dans ses yeux. Kael’thar s’approcha du Basilic, essuyant son épée encore luisante de venin.


— Impressionnant, admit-il, son ton respectueux mais toujours teinté de méfiance. Vous êtes plus puissants que je ne l’aurais cru.


Je ne répondis pas immédiatement, mon regard se posant sur Marrakhan. Il avait montré un courage et une force incroyables pour son jeune âge. Je projetai une image mentale d’approbation, et il émit un petit cri joyeux malgré sa fatigue.


Une série de notifications apparut devant mes yeux :


"Vous avez vaincu un Basilic ancien. Essences vitales acquises : +50."


"Votre descendant progresse vers le stade adolescent. Essences vitales acquises : +20. Conversion des essences en potentiel"


"Nouvelle compétence débloquée : Résistance au venin (passive)."


Alors que je contemplais les bénéfices de cette victoire, Kael’thar se tourna vers moi.


— Notre collaboration se termine ici, mais souviens-toi, Athenael, ces tunnels cachent bien d’autres secrets. Peut-être que nos chemins se croiseront à nouveau.


Il fit signe à ses golems et s’éloigna, disparaissant dans les ombres. Je restai un moment immobile, savourant la victoire, mais conscient que d’autres défis nous attendaient. Pour l’instant, cependant, Marrakhan et moi étions plus forts, et c’était tout ce qui comptait.

Je profitais du départ de l’autre partie pour récupérer un morceau de chair du Basilic et repartir vers notre nouveau repaire. Mon pas était pesant, je ressentais une grande fatigue après ce combat. Mon protégé était tellement exténué que j’avais finis par le prendre sur mon dos afin qu’il puisse se reposer. Même lorsque je l’avais installé dans notre nid, il n’avait pas bougé la moindre griffe. Sa respiration était calme mais il ne semblait pas vouloir émerger. Je m’enroulais autour de lui afin de le surveiller.

Alors que j’allais fermer mes propres paupières je reçu une notification :

"Votre descendant est entré dans sa phase de croissance"

"Nouvelle mission : Permettez à votre premier descendant de grandir vers le stade adolescent en lui apportant protection et chaleur"


Mon esprit fut aspiré hors du jeu, le système semblait prendre un malin plaisir à m’indiquer des informations primordiales juste avant ma déconnexion forcée.

Je me retrouvais dans ma chambre alors que les rayons du soleil d’hiver passés à travers la persienne.

Les rayons du soleil qui filtraient à travers mes persiennes marquaient le début d'une nouvelle journée. Le contraste entre la chaleur opprimante des galeries du jeu et la lumière douce de ma chambre était toujours frappant. Je pris un moment pour m’étirer, mon corps encore engourdi par le passage entre le monde virtuel, ma position à quatre pattes et mon corps bipède. Mes pensées, cependant, étaient encore pleines de ce que je venais de vivre. Marrakhan était enfin sur le point d’évoluer, mais cela nécessiterait ma vigilance et ma protection. L’évolution d’un descendant représentait une nouvelle étape pour ma lignée.


Je me levai, retirant mon casque VR avec précaution. L’équipement émettait une légère vibration alors qu’il se désactivait. Je notai rapidement dans mon carnet les événements marquants de la session : le combat contre le Basilic, la collaboration temporaire avec Kael’thar, et surtout, les progrès de Marrakhan. Chaque détail comptait pour planifier nos prochaines étapes.


Après une douche rapide qui me permettait de marquer le début de ma journée, je descendis dans la cuisine. Mon père, déjà debout, était assis à la table, lisant le journal tout en sirotant un café.


— Tu es levé tôt, dit-il sans lever les yeux de ses pages. J’ai laissé une liste pour toi sur le comptoir. Rien de compliqué, juste quelques petites choses à faire aujourd’hui.


— Bien sûr, répondis-je, m’approchant pour prendre le papier.


Les instructions étaient simples : vérifier le système de chauffage dans le garage, couper du bois pour la cheminée, et passer au supermarché pour acheter quelques provisions. Des tâches banales, mais elles suffisaient à m’occuper avant mes cours. Mon père aimait que les choses soient écrites, une déformation de son travail selon ma mère. Il devait toujours laisser une trace de ce qu’il demandait à ses collaborateurs.


Dans le garage, je me familiarisai avec les tuyaux du vieux système de chauffage, cherchant les éventuels signes de fuites. Mes pensées, cependant, dérivèrent rapidement vers Marrakhan. Je me demandais ce que signifiait exactement cette phase de croissance. Si l’évolution était similaire à la mienne, elle nécessiterait probablement une quantité énorme d’énergie et de chaleur, ce qui rendait notre nouveau repaire parfaitement adapté.


— Tout fonctionne bien ici, dis-je à voix haute, presque pour moi-même, alors que je refermais la valve principale.


L’air frais de l’hiver mordait ma peau lorsque je sortis dans le jardin pour m’occuper du bois. Les bûches gisaient en désordre près de la remise, et je pris la hache, appréciant l’effort physique du travail manuel. À chaque coup porté sur le bois, je réfléchissais à ma prochaine stratégie dans le jeu. Si Marrakhan évoluait, cela signifiait qu’il deviendrait plus indépendant, mais aussi plus ciblé par les prédateurs et peut-être même d’autres joueurs.


Une heure plus tard, le tas de bûches était proprement empilé près de la maison. Mes muscles protestaient légèrement, mais une douche chaude suffirait à les détendre.


Après avoir terminé mes tâches matinales, je pris mon sac et partis pour l’université. Les rues, glaciales sous le ciel d’un gris pâle, étaient déjà animées par les étudiants et les travailleurs en route pour leur journée. En traversant le campus, je me dirigeai vers le bâtiment principal où se tenaient mes cours.


La première session de la journée portait sur le développement des compétences dans le contexte de la gestion organisationnelle. Je me concentrai sur les points-clés : comment identifier les forces d’une équipe, encourager les talents dormants, et créer un environnement où chacun pouvait prospérer. Cela résonnait étrangement avec mon rôle de mentor pour Marrakhan. Je griffonnai quelques notes, essayant de transposer les concepts à la dynamique du jeu.


Lorsque le cours se termina, je me rendis à la cafétéria pour déjeuner. À ma déception, ni Sophian ni Braham n’étaient présents. Sophian avait mentionné une répétition avec son groupe musical, et Braham était toujours malade.


Je pris un plateau et choisis un repas simple avant de m’installer à une table près des fenêtres. La lumière froide de l’extérieur illuminait la pièce, et je me laissai absorber par mes pensées, réfléchissant aux défis à venir dans le jeu. Cependant, une voix familière m’interrompit.


— Il a l’air bon, ton plat. Tu n’es pas trop gourmand, j’espère.


Je levai les yeux pour voir la jeune femme au pin dragon, ses amies un peu plus loin en train de choisir une table. Son écharpe rouge vif était soigneusement enroulée autour de son cou, et un sourire amusé jouait sur ses lèvres. Mon cœur fit un bond, mais je tentai de masquer mon trouble.


— Pas vraiment, répondis-je en haussant les épaules. Que puis-je pour toi ?


Elle rit doucement, un son qui semblait étrangement réconfortant.


— Je t’ai remarqué depuis quelques semaines et vu ton regard fixe lorsque tu me croises j’imagine que toi aussi. Tu es en fac de gestion d’après ce que m’a dit Sophie, un petit coup de menton me montrant l’une de ses amies qui était l’une de mes camarades de TD.


— Oui, et toi qu’est-ce que tu étudie ?


— L’histoire de l’art et les représentations des peurs de l’Homme, elle me montra un livre qu’elle tenait sous son bras pour étayer son propos.


— Heta, tu viens manger ? Une de ses amies l’appelait depuis la table que son groupe avait rejointe.

Elle poussa un petit soupir avant de déclarer :


— Il semble que le mystère sur mon prénom ait été levé avant que je puisse te le dire moi-même. Je vais tout de même me présenter officiellement, je suis Heta, enchanté !


— Nathaniel, comme Nathan et ciel, mes parents trouvaient ça trop simple sinon.


— Enchanté Nathaniel, je dois y aller mais j’espère qu’on pourra avoir l’occasion de plus parler la prochainement sans que j’ai la meute de hyène que sont mes amies qui nous regardent depuis la table. Bye.


Je la suivis du regard alors qu’elle disparaissait dans la foule, mon esprit en proie à des questions. Pourquoi m’avait-elle abordé, Heta était-il un diminutif ou son prénom complet, comment allais-je la rencontrer de nouveau. Mais ne pouvant pas résoudre ces questions pour le moment, j’avalai mon repas et je reparti dans le parc du campus pour attendre mon prochain cours.


L’après-midi fut occupée par un travail de groupe pour un projet de fin d’année. Mes camarades discutaient avec enthousiasme des différentes stratégies pour résoudre un cas pratique sur une entreprise en pleine expansion. Je participai autant que possible, mais mes pensées revenaient sans cesse au jeu. L’évolution de Marrakhan, la rencontre avec Kael’thar, et maintenant cette étrange coïncidence dans le monde réel… Tout semblait interconnecté, comme si un fil invisible reliait ces événements.


De retour chez moi en fin de journée, je pris un moment pour me détendre avant de retourner dans le jeu. Je passai en revue mes notes sur les dragons et leurs évolutions, cherchant des indices sur ce qui attendait Marrakhan. Mes recherches m’avaient appris que la phase adolescente était cruciale pour définir les compétences et attributs d’un dragon. Cela renforcerait son rôle au sein de notre lignée et dans nos futures batailles.


Après avoir terminé une tâche domestique demandée par ma mère, je m’installai dans mon lit. Mon cœur battait légèrement plus vite alors que je plaçais le casque VR sur ma tête. Le jeu démarra, et le monde familier de la caverne m’accueillit à nouveau.


Marrakhan était là, son corps toujours enveloppé dans une lueur douce. Il respirait lentement, son énergie se concentrant visiblement sur sa transformation. Je m’approchai doucement, projetant une image mentale de calme et de protection. Le chemin vers son évolution était en cours, et je ferais tout ce qui était nécessaire pour garantir son succès.